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Richesse des territoires en Europe et en France : des inégalités multi-échelles

Année de publication2021
Territoire
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2016
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Les inégalités de richesse produite entre les territoires reflètent largement les disparités spatiales en termes d’emploi et de chômage identifiées dans les chapitres précédents. Observer ce cadre économique, à toutes les échelles, permet de replacer les disparités constatées dans les chapitres précédents dans un contexte d’explication plus large.

De fortes différences entre les pays d’Europe et leur voisinage

L’Union européenne à 28 pays et les 50 États qui l’entourent produisent 34 % de la richesse, et abritent 20 % de la population mondiale. Au sein de cet espace, les écarts de richesse produite par habitant entre les pays les plus riches (Monaco) et les plus pauvres (Niger) sont extrêmement élevés, dans un rapport de 1 à 914. L’Europe et son voisinage concentrent ainsi d’importantes inégalités de richesse, dans un espace géographique restreint. À l’image des pays d’Europe occidentale, la France appartient aux grands pôles de richesse, où le PIB par habitant atteint plus de deux fois la moyenne de l’espace d’étude (UE 28 + voisinage). Avec un niveau de richesse 2,4 fois plus élevé que la moyenne (indice 241, soit 241 % du PIB par habitant de l’espace d’étude), la France se place ainsi au dix-neuvième rang des États les plus riches de l’Europe et de son voisinage, loin derrière les petits États très favorisés (Monaco, 914, Liechtenstein, 837, Luxembourg, 642) et les États scandinaves (Norvège, 581, Suède et Danemark à environ 340), mais au niveau des grands États voisins que sont l’Allemagne (262), le Royaume-Uni (239) et l’Italie (200).

En Europe, un écart entre les régions métropolitaines et les autres

L’UE 28 constitue un ensemble trois fois plus riche que la moyenne mondiale. En son sein, les inégalités entre régions sont cependant fortes : elles s’étirent aux deux extrêmes entre les campagnes bulgares (indice de 13, soit 13 % du PIB moyen par habitant en Europe) et l’ouest de Londres (583). La France se distingue des autres États par de fortes inégalités de richesse infranationales (écarts de 1 à 2 entre les régions les moins riches et les plus riches, et de 1 à 6 en prenant en compte l’outremer), qui n’ont d’équivalent qu’au Royaume-Uni (écarts de 1 à 8) et dans les pays d’Europe centrale et orientale, où l’opposition entre la capitale et le reste du pays reste très forte. Ces écarts reflètent avant tout le fossé qui sépare la région la plus riche, l’Île-de-France (200), du reste du territoire. Ils rendent compte aussi, à un moindre degré, de la position très favorable des régions abritant les principales métropoles (Auvergne-Rhône-Alpes : 116 ; Paca : 115) en comparaison des autres régions (Hauts-de-France et Bourgogne-Franche-Comté, autour de 95) et à plus forte raison de l’outre-mer (de 33 à Mayotte à 84 en Martinique).

Ces différences très marquées, entre des régions riches et pauvres, doivent être relativisées eu égard au mode de calcul du PIB par habitant : la faiblesse du PIB par habitant dans certaines régions est, en effet, moins la preuve d’un manque de productivité que d’un déficit d’emplois, qui se traduit par des taux d’activité faible et des taux de chômage élevés (voir encadré p. 60). Ces inégalités posent néanmoins un enjeu de cohésion à l’échelle du pays, au moment où la dernière réforme territoriale vient de renforcer les compétences des collectivités régionales en termes de développement économique.

À l’échelle locale, les disparités de richesse reflètent la carte du chômage

À une échelle plus fine encore, celle des zones d’emploi, il existe de grandes disparités de richesse d’un espace à l’autre, qui reflètent en grande partie les contrastes en matière d’emploi et de chômage montrés dans les chapitres précédents. Mais, à ce niveau d’analyse, un indicateur local de production de richesse, du type PIB, n’aurait pas beaucoup de sens. C’est plutôt le revenu moyen des foyers fiscaux dans les zones d’emploi que l’on utilise pour mesurer les écarts de richesse à cette échelle, cet indicateur étant très lié au PIB.

En métropole, il existe un écart de 1 à 2,3 entre les deux zones d’emploi se trouvant respectivement dans la situation la plus favorable (Houdan, dans les Yvelines, qui a également le taux de chômage le plus faible de France) et la plus défavorable (Lens-Hénin, qui a le troisième taux de chômage le plus élevé de France métropolitaine). Ce différentiel s’élève à 4,8 lorsque l’on prend en compte les zones d’emploi ultramarines (qui ont toutes les taux de chômage les plus élevés de France).

En métropole, les zones d’emploi bénéficiant des situations les plus favorables se situent dans les espaces métropolitains favorisés ou dans les zones frontalières, en périphérie immédiate des grandes villes étrangères (suisses et luxembourgeoises notamment) : Houdan (indice 163), Paris (140), le Genevois français (152), Saint-Louis (150) et, dans une moindre mesure, Aix-en-Provence (114).

À l’inverse, les espaces éloignés des zones d’emploi métropolitaines connaissent les situations les plus difficiles, notamment dans les Hauts-de-France et en Occitanie. La géographie des écarts de revenus présente ainsi les mêmes contrastes que ceux identifiés dans les chapitres précédents : les grandes agglomérations (Paris en tête) et les espaces frontaliers de l’est du pays (à proximité de la Suisse principalement, mais également de la bande rhénane) sont dans une position très favorable, alors que les Dom, les zones d’emploi du Nord-Est et du littoral languedocien, et, dans une moindre mesure, les espaces peu denses d’une diagonale Charleville-Mézières-Pau, affichent les plus bas niveaux de revenu moyen par foyer fiscal.
Ainsi, les disparités de richesse sont fortes à l’échelle régionale, mais également à l’échelle infrarégionale. Un enjeu de cohésion interne se pose donc aux Régions et aux autres collectivités territoriales, dans un contexte de redécoupage administratif récent. Les disparités de revenus internes aux régions dont le périmètre a été modifié ne sont pas plus importantes que dans celles dont le périmètre est resté identique. Bien au contraire, c’est en Île-de-France et en Paca, régions au périmètre inchangé, que l’on trouve les écarts de richesse maximaux entre deux zones d’emploi. Les nouvelles régions se situent, quant à elles, globalement dans la moyenne nationale en termes de revenus, avec néanmoins des enjeux spécifiques en Occitanie.
Cette région affiche, avec la Corse, le plus faible niveau de revenu moyen de métropole. Les revenus moyens des zones d’emploi y sont assez homogènes et significativement inférieurs à la moyenne nationale, hormis ceux des zones d’emploi de Montpellier (97) et Toulouse (104), qui se distinguent nettement d’un environnement plutôt défavorisé.
Aux échelles nationales, régionales, et infrarégionales, il existe donc d’importantes disparités en matière de niveau de développement économique des territoires. Or, la dernière crise a confirmé ces disparités, en affectant davantage les territoires dont l’économie était déjà fragilisée.

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