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Avoir un emploi tout en étant inscrit à Pôle emploi : le développement des « activités réduites »

Année de publication2021
Territoire
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2016
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À côté des dispositifs d’activité partielle prévus par le Code du travail6 et indemnisés par l’Unedic, d’autres situations intermédiaires entre le travail à plein temps et le chômage existent. Par exemple, un actif occupé à temps partiel peut également être inscrit à Pôle emploi, dans le but de chercher une activité complémentaire, ou une autre activité à temps plein afin de compléter sa rémunération. Ce type de situation, appelé activité réduite (catégories B et C de demandeurs d’emploi), est particulièrement répandu chez les femmes et les seniors, et a connu un important développement depuis la crise financière (+ 34 % entre 2008 et 2011). En fait, il existe des mouvements importants entre chacune des catégories A, B et C, même si certains demandeurs d’emploi restent durablement dans l’une d’elles : ces circulations peuvent provoquer une baisse artificielle et non durable du nombre de demandeurs inscrits en catégorie A, et masquer des situations de précarité.


Un peu plus du tiers, soit 34,6 % des demandeurs d’emplois inscrits en catégorie A, B ou C en décembre 2015, ont exercé une activité réduite. Cette part moyenne est toutefois très hétérogène selon les zones d’emploi, allant de 5 % dans celle de Saint-Laurent (Guyane) et 10,3 % dans celle de Porto-Vecchio à 55,6 % dans la zone d’emploi des Herbiers (Pays de la Loire). Fait intéressant, la localisation des demandeurs d’emploi en activité réduite est très différente de celle des actifs travaillant à temps partiel.
En effet, alors que la carte des actifs à temps partiel dessine pour partie une géographie des difficultés d’emploi, la carte des demandeurs d’emploi exerçant une activité réduite trace quant à elle les contours des zones dynamiques, où le chômage est relativement bas : dans le grand Ouest, hormis le littoral breton (régions de Rennes, Nantes et Poitiers, où plus de 40 % des demandeurs d’emploi inscrits en A, B ou C exercent une activité réduite), dans le Massif central et dans les Alpes, zones où l’emploi saisonnier est particulièrement présent. À l’inverse, c’est dans les Dom, où le taux de chômage est très élevé, que l’activité réduite des demandeurs d’emploi est la moins répandue (inférieure à 20 %).
En France métropolitaine également, la part de demandeurs d’emploi en activité réduite est globalement faible là où le taux de chômage est élevé : dans le Nord-Est (en particulier dans les zones d’emploi de Maubeuge : 26,2 %, et de Thiérache : 29 %), le long d’une diagonale allant des Ardennes aux Landes, et sur le pourtour méditerranéen. Certains territoires présentent cependant un profil atypique : ils ont une part importante de demandeurs d’emploi sans aucune activité, sans pour autant que leur taux de chômage soit parmi les plus élevés. C’est le cas en Corse, mais également dans plusieurs territoires frontaliers (Saint-Louis, Morteau, le Genevois français), franciliens (30,8 % dans la zone d’emploi de Paris) et dans la région de Fréjus, Nice et Menton.

Temps partiel versus activité réduite ?

La différence entre la géographie des actifs à temps partiel et la géographie des chômeurs en activité réduite met en lumière des fonctionnements des marchés du travail différents selon les espaces. Dans les territoires comme le grand Ouest, l’économie dynamique semble pouvoir offrir des postes « de qualité » aux actifs occupés (peu d’actifs à temps partiel), et des petits contrats aux demandeurs d’emploi en attendant que ceux-ci retrouvent un emploi à temps plein (beaucoup de demandeurs d’emploi en catégories B et C).
À l’inverse, dans des territoires comme le littoral languedocien, où le chômage est élevé et l’afflux de nouveaux actifs constant, beaucoup d’actifs ont un emploi à temps partiel. Les demandeurs d’emploi ne peuvent, quant à eux, que difficilement accéder à un petit contrat (peu de demandeurs en catégories B et C).

Sauf exceptions, il semble donc que la possibilité pour les demandeurs d’emploi de disposer d’une activité réduite traduise un certain dynamisme du territoire, alors qu’à l’inverse, la surreprésentation des demandeurs sans aucune activité semble révélatrice de difficultés (fort taux de chômage et éloignement de l’emploi pour la plupart des demandeurs).
Ce constat ne doit cependant pas conduire à voir systématiquement dans le recours aux activités réduites une amélioration de la situation des demandeurs d’emploi. Certaines de ces activités réduites, dites « de reprise », constituent en effet une étape vers le retour à l’emploi, à condition que ce statut ne perdure pas : il s’agit des demandeurs d’emploi qui prennent un « petit boulot » en attendant, faute de mieux, ou de temps en temps – ce qui explique une part importante des bascules incessantes entre la catégorie A et les catégories B et C.

Le dispositif de cumul entre l’allocation chômage et la rémunération du travail (en mettant à part les intermittents et les intérimaires) permet ici d’éviter que les demandeurs s’éloignent trop du marché du travail. Pour d’autres, l’activité réduite est en réalité une forme précaire d’emploi qui perdure : il peut s’agir d’actifs qui cumulaient plusieurs emplois et ont perdu l’un d’eux, à la suite de quoi ils ont dû s’inscrire à Pôle emploi pour maintenir leur revenu en attendant de retrouver un autre emploi. Les métiers de service à la personne (personnels de ménage, de garde d’enfants ou d’assistance auprès de personnes âgées) sont particulièrement concernés par ce type de statut.
Dans ce cas, être classé en catégorie B ou C met au jour une situation de pluriactivité souvent fragile, qui s’éloigne de la situation « classique » d’actif occupé. Ainsi, la frontière entre le chômage et l’emploi est plus complexe qu’il n’y paraît, et les formes de précarité diverses : les retours à l’emploi sur des contrats non durables en sont un exemple.

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