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Un taux de retour à l’emploi élevé dans les zones dynamiques et les zones touristiques

Année de publication2022
Thématique
Territoire
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2016
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En 2015, on comptabilise sur l’ensemble de l’année 3,77 millions de reprises d’emploi d’un mois ou plus pour les demandeurs d’emploi inscrits en catégories A ou B, sur un total de 4,5 millions de personnes inscrites en moyenne chaque fin de mois dans ces mêmes catégories. Ce sont les grandes agglomérations qui concentrent l’essentiel des reprises d’emploi : par exemple, la zone d’emploi de Paris détient à elle seule 8,7 % du total des reprises d’emploi. Cette situation s’explique principalement par le nombre élevé de demandeurs d’emploi qui s’y trouvent.

Il est donc important de rapporter le nombre de reprises d’emploi au nombre de demandeurs d’emploi inscrits en catégories A et B dans chaque zone d’emploi, afin d’apprécier la propension à retrouver un emploi selon les espaces. Ce taux de retour à l’emploi, de 6,5 % au niveau national, varie de 2 % à 16 % selon la zone d’emploi considérée. De fait, les chances de retrouver un emploi lorsqu’on est inscrit à Pôle emploi sont inégales entre les territoires. Ce taux est toutefois à interpréter avec prudence, dans la mesure où l’on ne peut pas savoir si ces reprises d’emploi sont le fait des demandeurs inscrits dans ce territoire, ou bien s’il s’agit de demandeurs d’emploi inscrits à l’extérieur de la zone (d’où l’enjeu, à nouveau, d’étudier les relations interterritoriales). Il permet néanmoins d’appréhender le dynamisme des territoires par une donnée plus conjoncturelle que les analyses de long terme développées ci-avant.

Les espaces ayant un taux de retour à l’emploi élevé sont, pour la plupart, les zones dynamiques et attractives identifiées dans l’analyse précédente.

MÉTHODOLOGIE

Mesurer le retour à l’emploi

Les informations présentes dans le système d’information de Pôle emploi ne suffisent pas, à elles seules, à repérer l’ensemble des retours à l’emploi des demandeurs d’emploi.
En effet, certains demandeurs d’emploi retrouvant un emploi cessent d’actualiser leur inscription et sortent ainsi des listes, sans pour autant déclarer à Pôle emploi la reprise d’emploi17. Afin de mieux comptabiliser le nombre de reprises d’emploi, Pôle emploi utilise les déclarations préalables à l’embauche (DPAE), en ne considérant que les retours à l’emploi pour une durée supérieure ou égale à un mois. Le nombre de reprise d’emploi pour le mois M peut ainsi être mesuré comme le nombre de demandeurs d’emploi en catégories A et B au cours du mois M-1 qui :

>Ont une DPAE de plus d’un mois (CDI ou CDD de plus d’un mois) au cours du mois M, ou M+1 (sans être inscrit en catégories A ou B en M) ;

>Ou sont repérés comme reprenant un emploi de plus d’un mois au cours du mois M parce qu’ils :

  • Sont sortis des listes pour reprise d’emploi déclarée au cours du mois M ;
  • Ou ont basculé en catégorie E au cours du mois M ;
  • Ou ont basculé en catégorie C au cours du mois M sans revenir en catégories A ou B au cours du mois M+1, dès lors qu’ils n’exerçaient pas plus de 70 heures d’activité réduite au cours du mois M-1;
  • Sont entrés en action de formation préalable au recrutement (AFPR) ou en préparation opérationnelle à l’emploi (POE) individuelle, ces actions étant conditionnelles à un engagement de recrutement.

L’ensemble de ces règles est appliqué de façon à éviter tout double compte (reprise d’emploi durable, mesurée deux mois successifs pour une même reprise d’emploi).
De plus, lorsque la reprise d’emploi est repérée par une sortie des listes pour reprise d’emploi déclarée, ou une bascule en catégorie C ou E, elle n’est pas prise en compte lorsqu’elle est associée à une DPAE de moins d’un mois. Cet indicateur permet ainsi d’approcher précisément le nombre de reprises d’emploi à partir de données administratives, disponibles rapidement et sur un champ exhaustif.

Le taux de retour à l’emploi rapporte le nombre de reprises d’emploi de demandeurs d’emploi au cours d’une année au nombre moyen de demandeurs d’emploi inscrits en catégories A et B en fin de mois pendant cette même année.

Elles sont situées dans l’ouest du pays, autour de Rennes (7,9 %) et de Nantes (8,1 %) notamment, ou bien dans les espaces tournés vers des activités touristiques et/ou l’économie résidentielle (les Alpes, avec un taux de 16,1 % dans les zones du Mont-Blanc et de la Tarentaise ; les Pyrénées orientales ; le Massif central ; la Corse). Dans ces derniers, le nombre élevé de contrats courts peut expliquer ces bons scores (un même demandeur d’emploi peut cumuler plusieurs retours à l’emploi au cours d’une même année, par exemple pendant la saison d’hiver et la saison d’été) : un indicateur de retour à l’emploi « durable » permettrait de nuancer ces performances ; toutefois celui-ci n’est pour l’heure pas disponible à l’échelle des zones d’emploi.
Le littoral méditerranéen et le sud de l’estuaire girondin, précédemment identifiés comme dynamiques du point de vue de l’emploi sur longue période, quoique dotés d’un fort taux de chômage, n’apparaissent pas dans une position favorable quant au taux de retour à l’emploi des demandeurs d’emploi en 2015. Dans ces territoires, la croissance de l’emploi est dynamique, mais pas suffisamment pour compenser un nombre élevé de personnes en recherche d’emploi, en partie lié à la forte attractivité du territoire.

Les Dom connaissent les plus faibles taux de retour à l’emploi, avec un minimum dans la zone d’emploi de Basse-Terre, qui affiche un taux de seulement 2 %. Toutefois, les embauches y sont plus durables qu’ailleurs en France (voir chapitre 1C), ce qui nuance ce constat apparemment défavorable. En France métropolitaine, le Nord-Est et la diagonale Charleville-Mézières-Bergerac présentent également des taux faibles, qui confirment la croissance atone de l’emploi observée sur la longue période. Dans ces territoires où les opportunités d’embauche sont peu nombreuses, le chômage des jeunes constitue un véritable défi.

Pour une observation dynamique

Dans un contexte de disparités spatiales permanentes en matière de chômage, et même si celles-ci ont tendance à s’atténuer lentement (ce qui n’est en fait que la traduction de la hausse généralisée du chômage), l’observation statistique est relativement peu satisfaisante, même si en variant les échelles d’étude on parvient à faire apparaître des configurations spatiales intéressantes et aptes à guider l’action publique. L’enjeu d’observation consiste surtout à étoffer l’analyse du chômage en la croisant avec des indicateurs dynamiques (l’évolution de l’emploi, qui permet de déceler des défis territoriaux très différents) ou des indicateurs de flux (le retour à l’emploi, indirectement la durée du chômage, et également, ce qui n’a pas été fait dans ce rapport, l’analyse des flux interterritoriaux afin de voir comment s’opèrent les ajustements entre territoires dynamiques et territoires en difficulté). Enfin, il importe d’approfondir un autre enjeu de compréhension des disparités territoriales en matière d’emploi. Le prisme « emploi versus chômage », tel qu’il a été présenté jusqu’ici, permet certes de dresser le tableau des contrastes territoriaux, mais il convient ensuite de mieux rendre compte de la complexité du marché du travail, qui résulte, pour une part croissante de la population, de situations intermédiaires entre l’emploi et le chômage.

Bessone A.-J. et Guillaneuf J. (2015), « Les effets de la crise sur les marchés du travail européens : une intensité et une durée variables », in France, portrait social, coll. « Insee Références ».

Bessone A.-J., Dorothée O., Robin M., Vugdalic S. (2015), « Emploi et chômage dans les nouvelles régions depuis la crise », Insee Focus, n° 40, novembre 2015.

Bouba-Olga O. (2015), « Croissance de l’emploi et croissance du chômage : quelle(s) relation(s) ? », article mis en ligne le 18 octobre 2015, http://blogs.univ-poitiers.fr/o-bouba-olga/

« Le chômage de longue durée : vers une mesure de “l’éloignement à l’emploi” de longue durée ? », Études et Recherches, n° 2, Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques/Pôle emploi, décembre 2014.

Commission européenne (2014), sixième rapport sur la cohésion économique, sociale et territoriale. « Le déploiement de la Garantie jeunes dans les territoires, une opportunité pour les jeunes des quartiers prioritaires »,
En Bref, n° 7, CGET, octobre 2015.

ESPON (2014), « Economic Crisis and the Resilience of Regions », Territorial Observation, n° 12, septembre 2014.

Fiche thématique « Cadrage européen » (2015), in France, portrait social, coll. « Insee Références ».

Lacour J.-P. (2015), « 2,2 millions d’emplois recréés depuis la crise » in Les Échos, 16 décembre 2015.

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