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Une augmentation du chômage de longue durée dans les territoires les plus touchés

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La hausse du chômage au cours des dernières années s’est accompagnée d’une progression importante du nombre de demandeurs d’emploi inscrits depuis un an ou plus. Les sorties du chômage se réduisent, tandis que les flux d’entrée augmentent. Fin décembre 2015, environ 5,9 millions de demandeurs d’emploi sont ainsi inscrits à Pôle emploi en catégories A, B ou C en France métropolitaine. Plus d’un quart d’entre eux ont une ancienneté d’inscription élevée (voir encadré).

Une mesure complémentaire

L’indicateur d’ancienneté au chômage permet d’apporter une vision complémentaire à celle du seul taux de chômage, et d’appréhender de manière plus fine les enjeux territoriaux. En effet, il existe de fortes différences dans les chances de retour à l’emploi selon les territoires, qui ont un caractère structurel et permanent : le lieu de résidence du demandeur d’emploi exerce un effet majeur sur ses chances de retrouver un emploi.

Globalement, le chômage de longue durée affecte les zones d’emploi qui ont les taux de chômage les plus élevés. Au premier rang d’entre elles, les Dom, où les 17 zones d’emploi sont les seules en France à avoir un taux de chômage de longue durée égal ou supérieur à 40 % (de 39,7 % à Mayotte à 60 % dans la zone de Basse-Terre) fin 2015. Elles concentrent ainsi 10 % des demandeurs d’emploi de longue durée, alors qu’elles n’hébergent que 5 % des demandeurs d’emploi inscrits en catégories A, B et C. En France métropolitaine, c’est dans le nord-est du pays que l’ancienneté au chômage est la plus concentrée : parmi les 14 zones d’emploi comptant plus de 10 000 demandeurs d’emploi en catégories A, B et C, et où l’indicateur d’ancienneté au chômage dépasse 30 %, dix se situent dans la région des Hauts-de-France.

Dans la zone de Calais, autour de Lille, dans tout l’est de la région des Hauts-de-France (de Valenciennes à Soissons), dans le centre de la région Grand Est (Charleville-Mézières, Longwy, Verdun, Commercy) et dans les Vosges, le taux de demandeurs d’emploi de longue durée parmi les demandeurs inscrits en catégories A, B et C est toujours supérieur à 30 %. La plupart des zones d’emploi des Hauts-de-France et du Grand Est dépassent la moyenne nationale (26,6 %). Dans ces territoires, le chômage est structurel, et à un niveau si élevé que les perspectives de retour à l’emploi sont minces pour les chômeurs, d’autant plus que la surreprésentation des jeunes sans diplôme et des actifs peu qualifiés limite leur mobilité hors de ces zones en situation difficile12. Dans d’autres espaces, le niveau du chômage de longue durée diffère sensiblement du niveau de chômage : des dynamiques spécifiques apparaissent. Dans le centre de la France par exemple, en particulier dans les zones d’emploi de Vierzon, Saint-Amand-Montrond et Montluçon, le chômage de longue durée est important, alors même que ces territoires ne se distinguent pas nettement des autres quant à leur seul taux de chômage. Dans ces zones peu denses et en déclin démographique, le départ d’actifs fait baisser le taux de chômage global sans pour autant que les chômeurs les moins mobiles aient des perspectives de retour à l’emploi.
Cette situation illustre l’intérêt de recourir à d’autres indicateurs que le seul taux de chômage : la durée au chômage fait apparaître des situations préoccupantes pour le développement des territoires, que masque le taux de chômage pris isolément.

Le pourtour méditerranéen présente également une situation particulière. À l’image des régions dans lesquelles le chômage est structurellement élevé, on y observe des zones d’emploi où le chômage de longue durée est très fréquent : 31,1 % de chômeurs de longue durée parmi les demandeurs d’emploi inscrits en catégories A, B et C à Marseille, 35,3 % à Alès, et des taux toujours supérieurs à 25 % dans la partie orientale des régions Occitanie et Paca. Toutefois, le niveau du chômage de longue durée y est globalement inférieur à celui du nord de la France, alors que les situations de ces deux ensembles géographiques sont comparables en termes de taux de chômage. Ce constat reflète le dynamisme économique très fort de la France méridionale, qui ne parvient pas à résorber durablement le chômage (notamment en raison d’un afflux d’actifs toujours renouvelé), mais qui permet à une partie des chômeurs de ne pas trop s’éloigner de l’emploi, par la multiplication de contrats courts notamment.

MÉTHODOLOGIE

Mesurer le chômage de longue durée

L’indicateur d’ancienneté au chômage présenté ici est la part de demandeurs d’emploi restés au moins douze mois en catégorie A pendant les quinze derniers mois parmi les demandeurs d’emploi inscrits en catégories A, B et C. Il est calculé à partir du fichier historique administratif.

Il diffère de la mesure « classique » de l’ancienneté au chômage, qui s’appuie sur le nombre de demandeurs d’emploi restés inscrits de façon continue en catégories A, B ou C au cours des douze derniers mois. Selon cette dernière mesure, environ 40 % des demandeurs d’emploi sont considérés comme demandeurs d’emploi « de longue durée ».
Cet indicateur est établi à partir des statistiques mensuelles du marché du travail, fichiers dans lesquels seule l’ancienneté dans l’une des catégories A, B et C est connue (les transitions entre les catégories n’étant pas repérables, et une sortie d’un jour de ces catégories réinitialisant l’ancienneté).

L’indicateur d’ancienneté au chômage retenu ici permet de mieux décrire les demandeurs de longue durée, en repérant ceux n’ayant exercé aucune activité (catégorie A) ou très peu (moins de 3 mois sur 15 en catégories B ou C), n’ayant pas ou très peu connu d’épisodes hors des listes ou dans d’autres catégories (en catégorie D par exemple, lors d’un passage en formation).
Toutefois, l’indicateur ne porte que sur les demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi et diffère donc d’autres indicateurs calculés sur les chômeurs au sens du BIT.

Bessone A.-J. et Guillaneuf J. (2015), « Les effets de la crise sur les marchés du travail européens : une intensité et une durée variables », in France, portrait social, coll. « Insee Références ».

Bessone A.-J., Dorothée O., Robin M., Vugdalic S. (2015), « Emploi et chômage dans les nouvelles régions depuis la crise », Insee Focus, n° 40, novembre 2015.

Bouba-Olga O. (2015), « Croissance de l’emploi et croissance du chômage : quelle(s) relation(s) ? », article mis en ligne le 18 octobre 2015, http://blogs.univ-poitiers.fr/o-bouba-olga/

« Le chômage de longue durée : vers une mesure de “l’éloignement à l’emploi” de longue durée ? », Études et Recherches, n° 2, Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques/Pôle emploi, décembre 2014.

Commission européenne (2014), sixième rapport sur la cohésion économique, sociale et territoriale. « Le déploiement de la Garantie jeunes dans les territoires, une opportunité pour les jeunes des quartiers prioritaires »,
En Bref, n° 7, CGET, octobre 2015.

ESPON (2014), « Economic Crisis and the Resilience of Regions », Territorial Observation, n° 12, septembre 2014.

Fiche thématique « Cadrage européen » (2015), in France, portrait social, coll. « Insee Références ».

Lacour J.-P. (2015), « 2,2 millions d’emplois recréés depuis la crise » in Les Échos, 16 décembre 2015.

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