Article

Une tendance à l’homogénéisation spatiale du chômage, que la crise ne remet pas en cause

Année de publication2021
Thématique
Territoire
Année de publication
2016
Ajouter à mes favoris

Alors que le taux de chômage en France est resté inférieur à 2 % pendant toute la période de l’après-guerre jusqu’en 1967, il a ensuite fortement progressé dans les années 1970. Resté à un haut niveau malgré des fluctuations conjoncturelles parfois importantes, le chômage s’est constitué comme une dimension structurelle du marché du travail français (voir encadré).
La progression massive du chômage en France au cours des années 1970 s’est, en outre, accompagnée d’une homogénéisation spatiale entre les zones d’emploi : dans un contexte de hausse globale, les taux de chômage des différentes zones d’emploi se sont progressivement rapprochés. Cette tendance à l’homogénéisation des taux de chômage entre zones d’emploi s’inverse au cours des années 1980. On assiste, pendant cette décennie, à une aggravation du chômage dans les zones qui avaient déjà un taux de chômage élevé, notamment dans le Nord et dans l’ancienne région Languedoc-Roussillon, conduisant ainsi à un nouveau creusement des disparités territoriales du chômage.

Depuis les années 1990, les écarts de taux de chômage entre zones d’emploi ont à nouveau tendance à se réduire, particulièrement entre les recensements 1999 et 2007 où, dans un contexte national favorable à la baisse du chômage, ce sont plutôt les zones avec un chômage élevé qui ont vu leur taux de chômage baisser le plus.
Toutefois, certaines zones d’emploi, notamment dans la partie orientale de la région Grand Est, ont connu une baisse du chômage moins importante qu’ailleurs, voire une hausse. Le phénomène d’homogénéisation sur le long terme est notamment lié au comportement d’ajustement des individus, dans un contexte de chômage de masse. Certains actifs ont, en effet, tendance à quitter leur territoire lorsque le marché du travail est marqué par un chômage élevé, pour rejoindre des zones à l’économie plus dynamique (voir le chapitre 2C). D’autres, notamment les femmes, ont tendance à se retirer du marché de l’emploi dans les zones à fort chômage : elles ne sont donc plus comptabilisées comme chômeurs, car elles ne recherchent pas d’emploi.


Une homogénéisation asymétrique

La crise de 2008-2009 n’a pas interrompu la tendance à l’homogénéisation des taux de chômage entre les zones d’emploi françaises, du fait d’une hausse générale du chômage (phénomène comparable à celui des années 1970), combinée à une moindre détérioration des marchés du travail des agglomérations du Nord et du grand quart Nord-Est, par rapport aux agglomérations de l’Ouest et du Sud-Est, jusque-là plutôt préservées.
Cette homogénéisation du chômage ne doit toutefois pas masquer le caractère très asymétrique du choc de 2008-2009 en termes d’évolution de l’emploi dans les territoires. Les zones d’emploi les plus industrielles du quart nord-est ont perdu beaucoup d’emplois (- 3,9 % pour la région Grand Est entre 2007 et 2014, et - 4,6 % en Bourgogne-Franche-Comté), comme les zones de Normandie et des Hauts-de-France, spécialisées dans l’automobile. À l’inverse, l’emploi a particulièrement progressé entre 2007 et 2014 dans les régions du Sud, où le tertiaire marchand est très présent (+ 3,1 % en Occitanie) ainsi que le secteur public (+ 11,3 % en Corse). L’atténuation de l’écart moyen entre les taux de chômage des différentes zones d’emploi masque donc le fait que la dernière crise a plus fortement affecté celles où le chômage était déjà élevé.

 

La géographie du chômage se fige

Parallèlement au resserrement des taux de chômage, la hiérarchie des zones est, elle, de plus en plus figée. Dans les années 1980, le classement des zones d’emploi en fonction de leur taux de chômage pouvait substantiellement changer entre deux recensements. Autrement dit, ce n’étaient pas toujours les mêmes zones d’emploi qui affichaient les taux de chômage les plus élevés, ou les plus bas. C’est de moins en moins le cas : le classement des zones d’emploi en fonction de leur taux de chômage n’a quasiment pas bougé entre 2007 et 2014.

Parmi les 32 zones d’emploi (10 %) qui avaient les plus forts taux de chômage de France métropolitaine en 2007 (trajectoires en rouge sur le graphique), seule celle de Calvi-L’Ile-Rousse n’a pas connu de hausse importante du chômage entre 2007 et 2014. En 2014, 26 de ces 32 zones d’emploi occupent toujours la tête du classement, signe d’une inertie importante.
À l’opposé, parmi les 32 zones d’emploi ayant le plus faible taux de chômage en début de période (trajectoires en vert sur le graphique), seule celle de La Ferté-Bernard s’est détachée, en se rapprochant de la moyenne nationale. Les autres ont été quelque peu bousculées en 2009 (elles n’étaient alors plus aussi nettement en bas du classement), mais en 2014 90 % d’entre elles se retrouvent parmi les territoires les moins affectés par le chômage. Aussi, les disparités géographiques en matière de taux de chômage sont, sauf quelques exceptions, extrêmement pérennes, et ce malgré une lente homogénéisation liée à un chômage national important. Si les écarts se réduisent, les territoires les plus touchés par le chômage restent les mêmes. C’est également là que la durée d’exposition au chômage est la plus longue.

Bessone A.-J. et Guillaneuf J. (2015), « Les effets de la crise sur les marchés du travail européens : une intensité et une durée variables », in France, portrait social, coll. « Insee Références ».

Bessone A.-J., Dorothée O., Robin M., Vugdalic S. (2015), « Emploi et chômage dans les nouvelles régions depuis la crise », Insee Focus, n° 40, novembre 2015.

Bouba-Olga O. (2015), « Croissance de l’emploi et croissance du chômage : quelle(s) relation(s) ? », article mis en ligne le 18 octobre 2015, http://blogs.univ-poitiers.fr/o-bouba-olga/

« Le chômage de longue durée : vers une mesure de “l’éloignement à l’emploi” de longue durée ? », Études et Recherches, n° 2, Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques/Pôle emploi, décembre 2014.

Commission européenne (2014), sixième rapport sur la cohésion économique, sociale et territoriale. « Le déploiement de la Garantie jeunes dans les territoires, une opportunité pour les jeunes des quartiers prioritaires »,
En Bref, n° 7, CGET, octobre 2015.

ESPON (2014), « Economic Crisis and the Resilience of Regions », Territorial Observation, n° 12, septembre 2014.

Fiche thématique « Cadrage européen » (2015), in France, portrait social, coll. « Insee Références ».

Lacour J.-P. (2015), « 2,2 millions d’emplois recréés depuis la crise » in Les Échos, 16 décembre 2015.

Pour enregistrer un favori, vous devez avoir un compte personnel

Me connecter Créer mon compte personnel