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De grandes disparités de taux d’emploi en Europe

Année de publication2021
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2016
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Le taux d’emploi de l’Union européenne à 28 (UE28) a atteint son plus haut niveau en 2008 : 70,3 % des individus âgés de 20 à 64 ans occupaient alors un emploi. En 2009, la crise économique et financière a eu une incidence considérable sur le marché du travail européen : le taux d’emploi a diminué de 1,4 point en un an. Cette baisse s’est poursuivie jusqu’en 2012, année durant laquelle le taux d’emploi s’est stabilisé à 68,4 % de la population en âge de travailler. Ce n’est qu’en 2014 qu’il a de nouveau augmenté, pour atteindre 70,1 % en 2015. Dès 2010, dans le cadre de la stratégie Europe 2020, les États membres de l’UE se sont fixé des objectifs nationaux en matière de taux d’emploi à atteindre en 2020, visant un objectif moyen de 75 % pour l’ensemble de l’Union. Pour y parvenir, le taux d’emploi de l’UE28 doit augmenter en moyenne de près d’un point de pourcentage par an entre 2014 et 2020, avec un accent mis sur l’augmentation du taux d’emploi des femmes, des jeunes et des travailleurs âgés. Toutefois, la situation de l’emploi étant très différente d’un État membre à l’autre, les objectifs varient selon les pays : ils s’échelonnent de 62,9 % en Croatie à 80 % au Danemark, en Suède et aux Pays-Bas. L’objectif à atteindre est une moyenne nationale, sans qu’il soit requis que toutes les régions d’un pays l’atteignent : on observe également de grandes disparités d’emploi à l’échelle régionale. Ainsi, la carte des écarts à l’objectif de taux d’emploi de chaque pays reflète les disparités internationales et interrégionales du taux d’emploi. Il est à noter toutefois que les réalités de l’emploi peuvent être très différentes d’un pays à l’autre, même quand le taux d’emploi est identique.
En 2015, les taux d’emploi les plus élevés (supérieurs à 75 %) s’observent au Danemark, aux Pays-Bas, en Estonie, au Royaume-Uni et en Allemagne, avec un maximum en Suède à 80,5 %. À l’inverse, les taux d’emploi en Espagne, en Italie, en Croatie et en Grèce sont tous inférieurs à 62,5 %, en raison principalement du taux de chômage très fort dans ces pays. Les disparités majeures en termes d’emploi au sein de la plupart des pays soulignent le caractère régional des marchés du travail, et révèlent la situation interne de ces pays. À l’échelle de l’UE, une région sur quatre dépasse l’objectif national, mais les taux d’emploi enregistrés dans les régions moins développées et en transition sont encore très éloignés des objectifs nationaux : l’écart s’y établit en moyenne à - 7,5 points de pourcentage (avec des écarts maximums de - 24,9 points en Calabre6 et - 28,7 points à Mayotte), contre - 2,4 seulement dans le cas des régions plus développées (avec un maximum de + 9,7 points d’écart dans la province autonome de Bolzano, en Italie).

 

ACTION

La stratégie Europe 2020 en matière d’emploi

En mars 2010, la Commission européenne a présenté sa nouvelle stratégie sur dix ans, destinée à relancer l’économie européenne. Prolongation de la stratégie de Lisbonne, Europe 2020 vise à développer une croissance « intelligente, durable et inclusive ». Si la plupart des initiatives phares de cette stratégie concernent à différents degrés les marchés du travail, deux d’entre elles visent directement à améliorer l’aptitude à l’emploi :

  •  « Une stratégie pour des compétences nouvelles et des emplois » : 13 actions clés, assorties de mesures d’accompagnement et de préparation, visent à augmenter le taux d’emploi, notamment des femmes, des jeunes et des travailleurs âgés (améliorer le fonctionnement des marchés du travail, donner aux travailleurs les qualifications requises pour les emplois disponibles sur le marché du travail, améliorer la qualité des emplois et garantir de meilleures conditions de travail, promouvoir des politiques favorisant la création d’emplois).
  • « Jeunesse en mouvement » : 28 actions ont pour but d’aider les jeunes à acquérir les connaissances, les compétences et l’expérience nécessaires pour décrocher un premier emploi (mettre l’éducation et la formation en phase avec les besoins pour améliorer l’employabilité des jeunes et leur accès au marché du travail, par exemple à travers la facilitation de la mobilité internationale ou la mise en place d’un passeport européen des compétences). Cette initiative phare s’est terminée en décembre 2014.

Trois profils de pays

L’analyse des disparités internes permet de distinguer plusieurs types de pays :

  • Ceux, comme l’Allemagne et l’Autriche, où la quasi-totalité des régions a atteint ou dépassé l’objectif national ;
  • Ceux, comme l’Espagne et la Grèce, où toutes les régions en sont éloignées ;
  • Ceux enfin où la géographie de l’emploi est plus contrastée, comme en Italie (distinction nette entre les régions industrielles du Nord et le Mezzogiorno) ou en France (où le taux d’emploi est très faible dans le Nord et sur le pourtour méditerranéen, voir le chapitre 1B).

Dans le cadre de la stratégie Europe 2020, l’objectif national pour la France est de 75 % de personnes en emploi parmi les 20-64 ans, avec un objectif un peu moindre pour les femmes (70 %) du fait d’un niveau de départ plus bas. En 2015, le taux d’emploi français est identique à celui de 2007 (70,0 % ; 66,5 % pour les femmes). Aucune des régions françaises – dans leurs anciens périmètres – n’avait atteint l’objectif national en 2013, et si certaines s’en rapprochaient (Bretagne, Pays de la Loire, Île-de-France, Rhône-Alpes, Midi-Pyrénées), d’autres avaient un taux d’emploi particulièrement éloigné de l’objectif (Nord-Pas-de-Calais et Picardie, Languedoc-Roussillon, Corse, Dom, où le chômage est très élevé).

Bessone A.-J. et Guillaneuf J. (2015), « Les effets de la crise sur les marchés du travail européens : une intensité et une durée variables », in France, portrait social, coll. « Insee Références ».

Blanc M., Schmitt B. (2007), « Orientation économique et croissance locale de l’emploi dans les bassins de vie des bourgs et petites villes », Économie et Statistiques, n° 402.

Bouba-Olga O., Grossetti M. (2015), « La métropolisation, horizon indépassable de la croissance économique ? » in Nouvelle économie régionale et réforme territoriale, Revue de l’OFCE n° 143, novembre 2015.

Commission européenne (2014), Investissement dans l’emploi et la croissance. La promotion du développement et de la bonne gouvernance dans les régions et villes de l’UE, sixième rapport sur la cohésion économique, sociale et territoriale, Luxembourg, Offices des publications officielles des Communautés européennes, 2014.

Davezies L. (2012), La crise qui vient : la nouvelle fracture territoriale, Paris, Éditions du Seuil, coll. « La République des idées ».

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« Les métropoles créent-elles plus d’emplois ? », publication de l’Agence de développement et d’urbanisme de l’aire urbaine de Nancy, décembre 2015.

Mission opérationnelle transfrontalière (2014), « L’observation des territoires transfrontaliers »,
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« Le profil de développement des agglomérations et métropoles françaises », tome 1, Étude pour l’AdCF et la Caisse des dépôts, mars 2016.

 

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