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Un défi majeur : l’adéquation des qualifications aux besoins des entreprises

Année de publication2020
Territoire
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2016
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En effet, malgré le grand nombre de demandeurs d’emploi pour chaque offre, les employeurs trouvent difficilement le profil de salarié adéquat au poste proposé. Ces problèmes de recrutement sont en grande partie liés au faible niveau de qualification de la population, et aux difficultés de mobilité dues au développement limité des réseaux de transports en commun.

Les actifs résidant dans les Dom sont en moyenne moins qualifiés qu’en métropole : 44 % des actifs de Guyane sont sans diplôme, et 34 % en Martinique – contre 23 % en moyenne nationale. Comme en métropole, le taux d’emploi augmente avec la qualification. Or, le taux d’emploi des personnes ne possédant pas de diplôme ou ayant un diplôme de niveau CAP ou BEP est au maximum de 34 % dans les Dom (en Martinique), contre 44 % en métropole.
Ainsi, il y a plus d’actifs ultramarins peu ou pas qualifiés, et, à niveau d’études équivalent, ils sont plus souvent au chômage qu’en métropole. La situation est moins dégradée pour les actifs titulaires d’un diplôme supérieur au bac.

Ce chômage important des actifs peu ou pas qualifiés conduit à identifier l’insuffisance des qualifications et des compétences des demandeurs d’emploi comme un problème majeur du marché du travail ultramarin : l’absence de maîtrise des savoirs de base et le taux d’illettrisme chez les jeunes (près de quatre fois supérieur au taux métropolitain) constituent des freins importants à l’embauche. Plus exactement, c’est la forte densité de demandeurs d’emploi très faiblement formés, voire sans formation (65 % des demandeurs dans les Dom, contre 53 % en métropole), qui est en décalage avec les besoins affichés par les employeurs. En effet, ces derniers recherchent surtout une main-d’œuvre ayant un niveau de formation lui permettant de s’adapter et d’avoir une certaine autonomie. L’apprentissage, insuffisamment développé outre-mer, pourrait réduire cette importante inadéquation entre l’offre et la demande. En parallèle, d’autres dispositifs spécifiques ont été mis en place pour lutter contre les problèmes d’employabilité soulignés précédemment (voir encadré).

 

Quelques pistes d’action

En raison de nombreuses contraintes structurelles, les Dom n’offrent pas un choix équivalent à celui de la métropole en termes de formations, de qualifications et de postes, ce qui se traduit par un marché du travail globalement dégradé.

Toutefois, un ensemble de politiques publiques et d’actions économiques peuvent être menées en parallèle pour améliorer la situation de l’emploi en répondant aux défis principaux :

•    organiser le système éducatif et de formation en adéquation avec l’offre d’emplois locaux (accompagnement des personnes âgées, métiers du tourisme, du bâtiment, etc.) ;

•    inciter la population active, notamment qualifiée, à rester sur le territoire en créant un cadre de vie de qualité (améliorer les infrastructures locales, développer les réseaux internes de transport, construire des logements, etc.) ;

•    renforcer l’attractivité des Dom en développant des secteurs d’activités (économie verte, bleue ou grise ; recherche et innovation) et en créant des diplômes (métiers de la mer, de la pharmacopée, du développement durable, etc.), propres à ces territoires.

 

ACTION - Renforcer les niveaux de qualification outre-mer

Le service militaire adapté (SMA) est un dispositif d’insertion socioprofessionnelle au profit des jeunes d’outre-mer âgés de 18 à 25 ans et éloignés du marché de l’emploi. Il s’agit d’un accompagnement à vocation sociale visant à apporter une réponse globale à l’exclusion, au chômage, à la désocialisation et à l’illettrisme. Une étude d’impact menée en 2014 et 2015 à la demande du ministère des Outre-mer a montré l’effet durable de ce dispositif : comparée à un panel de non-bénéficiaires de profil similaire, l’insertion des jeunes au sortir du SMA est confirmée et solide à moyen et long terme.

 

Par ailleurs, pour pallier l’insuffisante diversité des formations offertes dans les territoires et favoriser l’insertion professionnelle des ultramarins, l’Agence de l’outre-mer pour la mobilité (LADom) propose – entre autres – un dispositif de prise en charge financière et d’accompagnement de parcours de formation : le « Passeport mobilité formation professionnelle ». Il s’adresse aux demandeurs d’emploi de plus de 18 ans dont le projet professionnel est bien défini, et dont l’objectif est l’emploi durable. Ce « Passeport mobilité » est une aide accordée à la demande de l’étudiant, sous condition de ressources, pour faciliter son voyage vers la métropole ou vers une autre collectivité d’outre-mer lorsqu’il ne peut accomplir son cycle universitaire dans son territoire d’origine, soit en raison de l’inexistence de la filière, soit en raison de la saturation de la spécialité. Cependant, il est fréquent que les étudiants partis dans ce cadre ne reviennent sur leur territoire d’origine que plusieurs années après leur formation, voire au moment de la retraite. Ce type de conclusion invite à reposer un débat bien connu : faut-il aider les territoires ou les habitants de ces territoires ?

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