Article

Des interactions économiques très fortes entre territoires à l'échelle locale

Ajouter à mes favoris

On peut appréhender les interdépendances entre territoires sans avoir recours à des données de flux, car de nombreux phénomènes présentent une continuité dans leur distribution spatiale. C’est, par exemple, le cas des réseaux économiques qui s’affranchissent des périmètres administratifs.
Ces liens économiques entre les territoires sont de différentes portées et les interdépendances se construisent également à une échelle locale : contrairement aux liens relevant des stratégies d’entreprises tournées vers les marchés globaux, l’économie présentielle met en réseau des agents économiques et des territoires proches. Par définition, la production des secteurs d’activités de la sphère présentielle est consommée localement, si bien qu’il existe un lien particulièrement étroit entre emplois présentiels et populations présentes (c’est-à-dire les populations permanentes et temporaires). La géographie de l’emploi, fortement influencée par la structure urbaine, confirme cette association : plus le caractère urbain des bassins est marqué, plus la densité en emplois présentiels est élevée. Toutefois, on remarque que les bassins périurbains présentent une densité d’emplois présentiels très inférieure à la moyenne (- 40 points de densité d’emplois), la population active de ces zones ayant davantage tendance à consommer près du lieu de leur emploi que près de leur lieu de résidence. En ce qui concerne les bassins moins urbains, on remarque que les bassins de vie des Alpes, des Pyrénées et de Corse présentent une surdensité d’emplois présentiels. Ils correspondent à des zones particulièrement bien dotées en aménités naturelles valorisées par des activités touristiques et récréatives, créatrices d’emplois présentiels. Le caractère très concentré de ces effets (non observés dans les bassins de vie littoraux, à l’exception de ceux du littoral méditerranéen) atteste d’effets de seuil dans les impacts économiques de la valorisation des aménités, distinguant nettement le tourisme de station du tourisme diffus.

Cette polarisation des emplois présentiels tient à deux facteurs complémentaires. Le premier résulte des caractéristiques des services supérieurs qui mettent en jeu des équipements lourds (comme c’est le cas pour les grandes surfaces commerciales, les centres hospitaliers ou d’enseignement supérieur, etc.). Ainsi, pour être assurés, ces services requièrent un minimum important de population, ce qui les prédestine aux espaces urbains à forte densité de population. Le second est inhérent aux liens entre les territoires à travers les mobilités des ménages, et particulièrement des trajets domicile-travail. En effet, le nombre d’emplois présentiels d’un bassin de vie est d’autant d’autant plus important qu’il a de navetteurs entrants, et d’autant plus faible qu’il a de navetteurs sortants – toutes choses égales, par ailleurs. Ce résultat montre ainsi que pour comprendre la diversité des marchés locaux de l’emploi, c’est bien la population présente qui importe et pas seulement la population résidente.

Les bassins de vie ne sont pas des entités géographiques isolées mais, au contraire, interdépendantes les unes des autres. En particulier, des interactions spatiales positives apparaissent entre les emplois des bassins de vie pour les secteurs du commerce, de la construction, des services marchands, des transports et du tourisme. Autrement dit, un bassin de vie a d’autant plus d’emplois dans ces secteurs que son voisinage en possède. Effectivement, il existe une forme de complémentarité locale ou d’effets d’entraînement sur ces secteurs d’activités. Ces derniers sont renforcés par l’impact de la proximité des grands centres urbains, bénéfique pour l’emploi de tous les secteurs présentiels, à l’exception des services au public. Ce résultat positif peut être dû à une meilleure accessibilité et aux multiples effets de débordement que génèrent les aménités urbaines.

Interdépendance des espaces transfrontaliers

L’interdépendance des territoires ne s’arrête pas aux frontières françaises. La libre circulation des biens et des personnes facilite les échanges transfrontaliers, catalysés par la présence d’agglomérations importantes qui constituent souvent des pôles d’emploi situés juste de l’autre côté de la frontière (Genève, Bâle, Luxembourg, Monaco). Entre 1999 et 2011, le nombre de travailleurs résidant en France qui franchissent quotidiennement une frontière terrestre pour se rendre sur leur lieu de travail a augmenté de 42 %, passant de 248 000 à 353 000. Dans le sens inverse, le chiffre est resté stable avec seulement 10 000 personnes résidant de l’autre côté de la frontière et venant travailler en France frontalière. En dépit du contexte de crise économique européenne, il est intéressant de constater que le nombre de travailleurs frontaliers continue d’augmenter significativement vers le Luxembourg (+ 29 % entre 2006 et 2011), la Belgique (+ 28 %) et la Suisse (+ 25 %) au cours de cette même période, alors qu’ils sont stables vers l’Italie et l’Espagne, et poursuivent leur baisse entamée depuis 1999 à destination de l’Allemagne (- 5,7 %). Ces flux de travailleurs frontaliers – qui représentent parfois plus de 40 % des actifs au sein de certaines zones d’emploi frontalières (Longwy, Saint-Louis, Genevois français, Morteau) et même près de 10 % à l’échelle de la région Lorraine (8 % en Alsace) – , génèrent le développement d’une économie présentielle sur les versants français, par les revenus des frontaliers réinjectés sur place, souvent supérieurs à ceux côté français.

Pour enregistrer un favori, vous devez avoir un compte personnel

Me connecter Créer mon compte personnel