À une échelle régionale et nationale, les aires urbaines s’insèrent elles-mêmes dans une logique d’échanges qui se tissent entre les villes et que les seuls flux de déplacements domicile-travail ne peuvent, par nature, révéler. Parler de système urbain, c’est essayer d’englober l’ensemble des interactions qui lient les villes entre elles, qu’elles renvoient à la société de la mobilité, à celle de la connaissance et de l’information ou encore aux logiques économiques et financières. La mise en lumière de ces figures est rendue complexe par l’étendue et la nature parfois très diverses des systèmes en question ; on peut alors chercher à en résumer l’information dans une analyse composite « intégrée ».

Si le choix du territoire retenu pour constituer des systèmes urbains est largement soumis au corpus statistique existant, les aires urbaines qui les composent tirent leur légitimité de leur caractère polarisant lié aux volumes d’emplois inscrits dans leur définition. Se pose ensuite la question de l’échelle de représentation, qui tend à insister sur certaines relations au détriment d’autres ou encore autorise une lecture cartographique différente d’un même système : ainsi, les cartes des interdépendances entre les aires urbaines au regard des migrations domicile-travail ne mettent pas en évidence les mêmes réseaux, selon que l’on s’intéresse aux grandes et moyennes aires urbaines ou à l’ensemble des aires urbaines.

 

La nature des flux internes et leur polarisation apportent des éléments d’explication des systèmes urbains, tant sur leur structure (forte polarisation, dualité, relations décentralisées) que sur leur composition (dominante économique, loisirs…). Actuellement, il n’existe que peu de données traitant des interrelations entre les villes, et celles-ci ne couvrent que partiellement les différents champs d’étude. Cependant, si l’on compare les mises en réseaux suggérées par deux indicateurs – d’une part, les migrations résidentielles (recensement de la population 2008) et, d’autre part, les relations siège-établissements (CLAP 2009) – une logique territoriale à la fois de renforcement et de complémentarité se dessine.

Ces deux phénomènes relèvent de logiques très différentes, mais ils mettent en lumière des centralités similaires qui soulignent le rôle de tête de pont des métropoles régionales (Lyon, Bordeaux, Caen, etc.). Celles-ci sont très marquées et plus encore lorsque le système possède une structure très centralisée pour chacun des deux indicateurs. La complémentarité de ces derniers se révèle graphiquement par la portée très différente de leurs liens, avec des relations interrégionales fréquentes parmi les liens majeurs des relations siège-établissements, là où les principales migrations résidentielles suivent une logique de diffusion locale et progressive. Chacun de ces deux flux présente des échelles distinctes d’organisation des réseaux, ce qui n’exclut pas leur emboîtement dans un système urbain composite.

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Cumuler l’information des différents types de flux : les réseaux composites

En observant les différents réseaux dessinés par des flux aussi divers que les migrations résidentielles, les relations sièges-établissements ou les partenariats européens, il est tentant de vouloir dépasser le caractère sectoriel de l’analyse et de cumuler l’ensemble de ces thématiques pour en synthétiser l’information. Il en résulte un réseau dont les liens entre territoires sont d’autant plus forts qu’ils cumulent les intensités de chacune des composantes thématiques.
Cette méthode définit des réseaux de flux « composites » ou « cumulés » et qui, selon leurs éléments constitutifs, peuvent prendre la forme d’un réseau économique, commercial, urbain ou métropolitain, reliant des territoires entre eux.


Comme pour la définition d’aires urbaines, la définition de réseaux composites nécessite d’opérer des choix dans les données de flux retenues, et des arbitrages pour définir les seuils qui vont délimiter le périmètre du réseau. Ces systèmes s’inscrivent dans le cumul des flux sectoriels qui les composent et permettent ainsi de dresser une lecture globale de la couverture et des enjeux du territoire. Mais ces représentations synthétiques peuvent poser des problèmes d’interprétation lorsqu’il s’agit de comprendre ce qui relie vraiment deux nœuds du réseau et de connaître la contribution de chaque flux sectoriel à ce lien.

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