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Les aires urbaines sont multipolaires, de centralités différentes selon le type de navetteur

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Les aires urbaines délimitent un territoire sous influence d’un pôle d’emploi ; sa « couronne » est le résultat d’agrégations successives de communes à partir des navettes domicile-travail qui masquent les pôles secondaires pouvant exister au sein de ces aires. C’est particulièrement vrai dans les grandes aires urbaines où certaines communes périphériques constituent des pôles secondaires importants : Versailles et Saint-Germain-en-Laye à l’ouest de Paris, Fontainebleau au sud, attirent de nombreux actifs. Il en est de même dans les grandes aires pour lesquelles on peut même constater des cas d’aires urbaines résolument bipolaires, comme celle de Lens-Douai.

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Observer les territoires par leurs échanges

Pour caractériser les flux entre les territoires, on peut élaborer, pour chacun d’eux, des statistiques à partir du nombre d’entrées/sorties sur un territoire donné, sans savoir avec qui ils échangent précisément.
Une autre solution consiste à considérer que les territoires constituent des carrefours, les nœuds d’un réseau, et que les flux matérialisent les liens entre ces différents nœuds. De nombreux outils dérivés de la théorie des graphes (notamment utilisés pour explorer les réseaux sociaux) permettent ensuite de traiter ces informations et de les synthétiser. Les bassins d’activité présentés dans cette fiche ont été déterminés, par exemple, à l’aide d’un algorithme de « détection de communautés » consistant à repérer des « sous-graphes » dont les nœuds sont densément connectés entre eux et plus faiblement liés au reste du réseau.

En considérant le réseau des communes reliées entre elles par les flux quotidiens de navetteurs, et en distinguant les différentes catégories socioprofessionnelles, on peut identifier des communautés, c’est-à-dire des blocs de communes très fortement liées par ces trajets. Ces ensembles de communes, qui définissent des bassins au sein desquels les actifs travaillent et résident, recoupent en partie les zones d’emploi définies par l’Insee, notamment dans les espaces peu denses. Ces bassins d’interdépendances changent selon la population à laquelle on s’intéresse ; on remarque ainsi que les navettes des cadres et des professions intellectuelles supérieures dessinent des zones plus vastes que ne le font les trajets des ouvriers. Ce phénomène est en lien avec le fait que les emplois les plus qualifiés, particulièrement ceux des cadres, sont plus concentrés géographiquement et que, par conséquent, les pôles d’emploi sont moins nombreux pour cette catégorie. Les distances parcourues par les cadres ont donc tendance à être supérieures à celles des ouvriers, et cela d’autant plus qu’ils sont plus aisément en mesure de choisir leur lieu de résidence. C’est pourquoi les bassins d’activité des cadres sont plus étendus et moins compacts que ceux des ouvriers. Ainsi, la quasi-totalité de la région Île-de-France, polarisée par Paris, constitue un bassin d’activité pour les cadres ; pour les ouvriers, le bassin constitué sur Paris est de taille largement inférieure. Il en va de même pour les autres grandes aires urbaines comme Lyon ou Marseille. Les systèmes territoriaux définis par ces flux de travailleurs sont donc à périmètre variable selon l’échelle d’analyse (aires urbaines, communes), mais aussi selon la population à laquelle on s’intéresse.

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