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Vieillissement de la population

Mis à jour le 01/06/2015
En France, la population vieillit, comme dans le reste de l’Europe, même si les indicateurs de natalité et de fécondité restent orientés très favorablement. Ce phénomène de vieillissement se présente de façon hétérogène selon les territoires : il est particulièrement aigu dans les espaces de faible densité dont certains sont attractifs pour la population âgée, alors que d’autres voient vieillir leur population présente. 

Devant ces changements démographiques, les territoires sont diversement dotés en capacité d’accueil et de prise en charge du risque de dépendance, pour lequel les besoins iront croissants.En France, la population vieillit, comme dans le reste de l’Europe, même si les indicateurs de natalité et de fécondité restent orientés très favorablement. Ce phénomène de vieillissement se présente de façon hétérogène selon les territoires : il est particulièrement aigu dans les espaces de faible densité dont certains sont attractifs pour la population âgée, alors que d’autres voient vieillir leur population présente. Devant ces changements démographiques, les territoires sont diversement dotés en capacité d’accueil et de prise en charge du risque de dépendance, pour lequel les besoins iront croissants.

La France dans l’Europe : plus jeune que la moyenne, grâce à un vieillissement par le haut

Deux phénomènes peuvent entraîner le vieillissement d’une population : le rétrécissement de la base de la pyramide des âges ou l’allongement de l’espérance de vie qui « prolonge » le haut de cette pyramide. En Allemagne, par exemple, les deux facteurs sont concomitants ; en France, c’est essentiellement l’augmentation de la durée de vie qui est à l’origine du vieillissement de la population. On parle d’un vieillissement « par le haut » puisque la population de moins de 65 ans croît régulièrement depuis 1968, mais moins rapidement que celle des classes d’âge élevé. Par exemple, depuis 1968, la population des plus de 85 ans progresse de 3,4 % en moyenne chaque année (contre 0,6 % en moyenne pour toute la population) et a donc quadruplé, pour atteindre plus de 1 700 000 en 2011.

En 2011, la part des plus de 65 ans est plus faible en France que la moyenne européenne : 16,7 % contre 17,6 %. Cette situation est essentiellement due à la vigueur démographique de la France qui se manifeste, entre autres, par un taux de fécondité élevé. Les pays d’Europe centrale et orientale sont les plus jeunes, alors que l’Allemagne, le Portugal et la Grèce comptent une part de personnes âgées plus élevée.

Les territoires peu denses concentrent davantage de personnes âgées

Les personnes de plus de 65 ans sont plus fortement représentées dans les espaces à faible densité démographique et d’emploi. Leur proportion est particulièrement forte dans le quart sud-ouest de la France, notamment en Auvergne, Limousin, mais aussi en Corse. En revanche, cette proportion est très faible dans le coeur des grandes aires urbaines où se concentrent davantage les ménages jeunes et actifs.

Les évolutions démographiques récentes remettent en cause cette spécificité de territoires plus ruraux : la part de personnes de plus de 65 ans se réduit entre 1999 et 2011 dans les espaces de faible densité, alors qu’elle progresse dans les centres urbains. Les espaces frontaliers de l’est de la France, particulièrement l’Alsace, voient cette population croître significativement. C’est également le cas pour la région parisienne, notamment dans sa partie ouest.

Vieillissement au nord, attractivité du sud

L’augmentation de la part de la population des plus de 65 ans n’a cependant pas la même origine partout. Les migrations des personnes âgées révèlent une préférence marquée pour les territoires peu denses, mais également littoraux ou méridionaux. Les centres urbains perdent davantage de résidents de plus de 65 ans qu’ils n’en attirent. De même, le quart nord-est de la France est très peu attractif pour ces populations. Comme à l’échelle de l’Europe, deux profils de vieillissement émergent pour les territoires dont la proportion de personnes âgées augmente : au sud et à l’ouest, cette augmentation est alimentée par l’arrivée de nouveaux résidents appartenant à cette classe d’âge. Au nord et à l’est, cette augmentation est davantage due au vieillissement des populations en place et à la faible attractivité de ces régions pour les plus jeunes.

Les personnes âgées plus souvent seules dans le Nord-Est et en Bretagne

La proportion de personnes âgées vivant seules (hors personnes vivant en communauté) est élevée dans les centres urbains : dans le bassin de vie de Paris, elle atteint par exemple 37 %, ce qui représente 490 000 personnes seules de plus de 65 ans. On retrouve le même phénomène dans les autres capitales régionales, mais également au sein d’espaces très peu denses comme les bassins du Morvan, de la Meuse ou du centre de la Bretagne. En revanche, les régions du Sud-Ouest, d’Alsace et de Corse comptent une proportion significativement faible de ces personnes. Ces résultats dépendent largement du contexte démographique et social, qui détermine la forme des solidarités intergénérationnelles ; elles dépendent également des structures de prise en charge des personnes âgées : le nombre de personnes seules est généralement plus élevé dans les zones où l’accessibilité aux établissements d’hébergement est moindre. En effet, nombreux sont les bassins de vie, dans les espaces peu denses, où la part de personnes âgées vivant seules est plus élevée et où l’accessibilité aux établissements d’hébergement pour personnes âgées est plus faible.

Les EHPAD sont des équipements de proximité, dont l’accessibilité varie en fonction des territoires

Les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) proposent, à fin 2011, près de 600 000 places, pour des résidents le plus souvent dépendants au sens des critères d’attribution de l’allocation personnalisée d’autonomie (Volant, 2014). Or, la situation géographique est, pour les personnes âgées, le premier critère de choix de leur établissement.

Fin 2011, 96 % des bassins de vie de France métropolitaine en sont équipés. Fin 2011, les trois quarts des personnes âgées résidant dans un EHPAD disposaient de ce type de structure dans leur commune.

Toutefois, l’accessibilité géographique théorique – c’està- dire la facilité avec laquelle les personnes peuvent avoir accès à un EHPAD – dépend non seulement de la distance, mais aussi de la disponibilité des places. Celle-ci est approchée par le taux d’équipement dans la commune, c’est-à-dire le nombre de places rapporté à la population âgée de 75 ans ou plus (Ramos-Gorand, 2013).

Les régions les plus accessibles sont un large nord et ouest de la France, et un territoire qui s’étend de l’Alsace à la vallée du Rhône. Théoriquement, les EHPAD des communes de la façade méditerranéenne sont plutôt accessibles.

Les personnes âgées, lors de leur entrée en EHPAD, restent à proximité de leur ancien lieu de vie

Dans les faits, bien que les personnes ne s’orientent pas clairement vers l’établissement le plus proche, elles restent à proximité de leur ancien lieu de vie : la moitié des personnes parcourt 7 km ou moins ; plus des trois quarts, 20 km ou moins.

L’accès dépend de la proximité géographique, de la possibilité d’avoir une place, mais aussi d’autres contraintes et d’arbitrages personnels : Des trajets plus longs à parcourir pour rejoindre les établissements marquent certains départements qui apparaissent pourtant accessibles, en particulier dans les zones urbaines (Ramos-Gorand, Volant 2014). Cela pourrait être en lien avec une contrainte plus forte de l’offre (listes d’attentes, établissements plus onéreux) ou les choix des personnes (rapprochement familial…). Par ailleurs, on peut considérer l’accessibilité géographique du point de vue des proches : les temps de trajet lors des visites peuvent se révéler relativement contraignants.

Les tendances actuelles se prolongent

Les projections de population à horizon 2040 montrent une forte progression de la part des personnes de plus de 65 ans en France : elle sera de plus de 10 points de pourcentage à horizon 2040 pour la moitié des départements et pourra atteindre 22 %. Cette croissance devrait renforcer le clivage actuel en affectant avant tout les territoires de faible densité, tandis que les centres urbains resteraient plus jeunes. Par ailleurs, l’âge moyen augmentant sensiblement sur la même période, le risque de dépendance serait accru pour une part significative de la population, obligeant ainsi les territoires à disposer d’infrastructures ou de dispositifs d’aides plus nombreux pour la prise en charge des populations concernées.

UN ENJEU DE L’ALLONGEMENT DE LA VIE : LE RISQUE DE DÉPENDANCE

L’espérance de vie à la naissance continue d’augmenter dans les pays européens, principalement sous l’effet de la baisse de la mortalité aux âges élevés. Dans l’Union européenne, la différence d’espérance de vie entre les femmes et les hommes a diminué depuis 1990, en raison de l’amélioration plus rapide de l’espérance de vie des hommes. L’espérance de vie des Françaises (85,4 ans en 2012) est largement supérieure à celle des Européennes (83,1 ans). Seules les Espagnoles vivent aussi longtemps. L’espérance de vie des hommes (78,7 ans) se situe également au-dessus de la moyenne européenne (77,5 ans) et au même niveau que la moyenne de l’Europe des 18. L’écart entre hommes et femmes se réduit davantage avec l’âge : à 65 ans, l’écart d’espérance de vie entre hommes et femmes n’est plus que de 4,3 ans. Ce rattrapage des hommes s’explique par une baisse de leur mortalité aux âges actifs. Les femmes et les hommes ont surtout gagné des années de vie après 60 ans.
Devant l’allongement de l’espérance de vie, comprendre si les années supplémentaires le sont en bonne santé ou en état de dépendance est devenu un enjeu de santé publique, tant pour l’organisation des soins et des services à la personne que pour des enjeux sociaux et économiques : augmenter la participation sociale des plus âgés, le taux d’emploi des 50-65 ans ou l’âge de départ à la retraite, nécessite de préserver la santé et l’autonomie. Même si la majorité des personnes âgées vieillissent sans incapacités, le risque de perte d’autonomie physique et psychique augmente avec l’avancée en âge. Un soutien au quotidien peut devenir indispensable et ce fort vieillissement futur laisse présager un important accroissement des besoins de prise en charge de la dépendance : d’autant plus que les années de vie gagnées sont principalement des années vécues seul. Ainsi, en France, 69 % des personnes âgées dépendantes habitant seules ont recours à l’aide d’un professionnel, contre 39 % de celles vivant en couple ou avec d’autres personnes (Soulier, 2012).
Les niveaux d’espérance de vie et d’espérance de vie en bonne santé sont liés aux expositions à toutes sortes de risques (maladies ou accidents), mais elles tiennent aussi aux différences de ressources individuelles, environnementales ou sociales dont chacun dispose pour se protéger, repérer puis soigner les problèmes de santé et conserver une bonne qualité de vie. Les progrès médicaux autant que les campagnes protection et de sensibilisation ont des répercussions sur la mortalité. De même, des progrès en matière de prévention et de gestion des troubles fonctionnels peuvent contribuer à retarder la perte d’autonomie et à limiter les années de vie marquées par des incapacités lourdes ou de la dépendance. Si les femmes ont encore une espérance de vie plus longue que les hommes à 65 ans, ces quatre années de plus ne leur permettent pas de résister plus longtemps aux problèmes de santé handicapants. À 65 ans, elles peuvent compter en moyenne sur 9,9 ans en pleine santé contre 9,7 ans pour les hommes.

Bibliographie

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BLANCHET D., LE GALLO F., « Baby-boom et allongement de la durée de vie : quelles contributions au vieillissement ? », Insee Analyses n° 12, septembre 2013.

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CAMBOIS E., ROBINE J.-M., « Pour qui la retraite sonnera ? Les inégalités d’espérance de vie en bonne santé avant et après 65 ans », Ined, 2011. CAMBOIS E., ROBINE J.-M., « Les espérances de vie en bonne santé des Européens », Ined - Population & Sociétés n° 499, avril 2013.

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