Accueil / Fiches d'analyse / Trajectoires économiques des territoires
Partager sur LinkedIn Partager sur twitter Envoyer à un ami Imprimer cette page Diminuer la police Police par défaut Augmenter la police

Trajectoires économiques des territoires

Mis à jour le 01/06/2015
Sur une période longue, l’évolution du Produit Intérieur Brut (PIB) par habitant montre une convergence des niveaux de richesse à l’échelle des régions européennes, mais également entre les régions françaises : sa croissance a été plus soutenue dans les territoires où il était le moins élevé. 

En France, néanmoins, la crise remet en cause ce phénomène de rattrapage et frappe les économies les plus fragiles. Les spécificités du tissu productif permettent en partie de comprendre l’impact différencié de la crise sur l’emploi des territoires. Par exemple, les zones d’emploi à orientation industrielle ont été les plus touchées, tandis que les zones d’emploi métropolisées (c’est-à-dire urbaines et à forte concentration de cadres et de professions intellectuelles) ont rebondi plus rapidement après un choc brutal, et que les économies moins denses ont souffert plus durablement de la récession. Cependant, on peut noter la bonne résistance des zones dont l’emploi présentiel est soutenu par les activités de tourisme ou par une forte attractivité résidentielle.

Le PIB par habitant tend à s’harmoniser entre les régions de l’Union européenne

La richesse des régions, telle que mesurée par le produit intérieur brut par habitant en parité de pouvoirs d’achats, révèle une grande hétérogénéité à la fois au sein de l’Europe et de la France. Ainsi, en 2011, à l’échelle de l’Union européenne, ce PIB par habitant varie de 7 200 euros dans la région de Severozapaden en Bulgarie, à 80 400 euros dans la région de Londres. Dans cette diversité, les régions françaises occupent des places très variables : l’Île-de-France se classe 6e région européenne la plus riche sur 280, alors que les départements ultramarins se situent aux environs de la 200e position. Les régions métropolitaines hors Île-de-France sont plus homogènes : de 20 000 à 26 000 euros, autour de la moyenne européenne de 25 100 euros en 2011 (UE28). Mais elles occupent des places très diverses : de la 85e pour Rhône-Alpes à la 173e pour le Limousin et la Picardie, ce qui s’explique par le fait que de nombreuses régions européennes se situent dans une fourchette serrée.

Néanmoins, l’évolution des produits intérieurs bruts régionaux atteste une convergence des niveaux de richesse : les PIB des régions les plus pauvres croissent rapidement entre 2000 et 2011, et les taux de croissance les plus forts s’observent dans les pays en transition, comme la Roumanie, la Bulgarie ou la Lituanie. À l’opposé, on trouve les taux de croissance les plus faibles dans les pays les plus touchés par la crise : la Grèce et l’Italie, particulièrement, dont les niveaux de richesse sont moyens. Mais, de manière générale, plus le niveau du PIB est élevé, plus le taux de croissance est faible, ce qui participe notamment du phénomène de rattrapage des pays d’Europe centrale et orientale (PECO).

 

Les différentes trajectoires économiques : le phénomène de rattrapage s’observe également à l’échelle des régions françaises

Entre 1990 et 2011, le PIB de la France a progressé de 38,5 % pour atteindre près de 31 000 euros par habitant. Ce niveau avait été atteint dès 2007, mais les deux dernières années ont tout juste permis à l’économie française de retrouver son niveau d’avant-crise.

Les profils d’évolution des PIB régionaux permettent d’établir six types de régions : quatre ont une courbe parallèle à la moyenne nationale, avec toutefois une pente différente ; s’écartent de ce sentier de croissance moyen la Corse et les départements d’Outre-Mer.

 

Deux groupes de régions se démarquent par une croissance tendancielle du PIB inférieure à la moyenne. Dans le groupe le plus défavorisé se trouvent les régions Bourgogne, Picardie, Limousin, Champagne-Ardenne, Lorraine et Auvergne ; en deux décennies, leur PIB par habitant n’a progressé que de 16 %. Un autre groupe, dont la trajectoire est parallèle mais avec une évolution un peu plus favorable, est constitué des autres régions de la moitié nord de la France, exceptée l’Île-de-France. Le PIB y a progressé de 25 % de 1990 à 2011.

Deux autres groupes se situent au-dessus de la moyenne nationale. Le premier, dont la tendance est la plus proche de la moyenne, réunit les régions Île-de-France, Rhône- Alpes, PACA, Poitou-Charentes et Aquitaine. Les régions Bretagne, Pays de la Loire, Midi-Pyrénées et Languedoc- Roussillon ont, quant à elles, bénéficié d’une croissance un peu plus dynamique que la moyenne, surtout au début des années 2000, mais ont davantage subi la crise comme l'atteste l’inflexion de la courbe sur la fin de la période.

Enfin, la Corse et les DOM ont un profil bien distinct : l’économie corse a un profil totalement différent de la moyenne, avec une stagnation au début des années 1990, puis une croissance soutenue et ininterrompue (y compris durant la crise) à partir de 1997. Le PIB des départements ultramarins a, lui, crû de 80 % en 20 ans, malgré un impact marqué de la crise en 2008.

Les territoires à l’économie plus fragile davantage impactés par la crise

En s’intéressant à l’évolution des PIB régionaux entre 2008 et 2011 pour analyser l’impact de la crise sur les territoires, on peut dégager 7 profils-type, dont deux sont spécifiques car ils concernent chacun une seule région : la Corse, dont l’économie a poursuivi sa croissance malgré la crise (profil 7), et l’Île-de-France, qui a subi un coup d’arrêt brutal en 2009, mais qui a redémarré dès 2010 sur un rythme similaire à 2008 (profil 1).

L’économie des régions Champagne-Ardenne et Bourgogne (profil 2) a subi une dégradation marquée durant 3 ans, avec des taux de croissance moyens entre -2 % et -4 % : ces régions comptaient déjà parmi celles dont l’économie était la moins dynamique. D’autres régions ont vu leur PIB reculer durant trois années, mais de façon moins sensible (profil 6) : ce sont les régions du Sud-Ouest dont le PIB a perdu environ 1 % chaque année de 2008 à 2010.

D’autres régions ont également subi une baisse de leur PIB de 2008 à 2010, mais après un choc brutal en 2008, leur situation économique s’est redressée progressivement en 2009 et 2010, jusqu’au retour de la croissance en 2011 (profil 4). C’est le cas des régions d’une large partie centreouest, exceptés les Pays de la Loire, et la Lorraine.

Enfin, touchés sur une durée plus courte par la crise, on trouve deux autres types de territoires : 4 régions (PACA, Franche-Comté, Picardie et Haute-Normandie) ont subi une baisse d’activité en 2008 et 2009 puis se sont redressés (profil 3) ; 4 autres (Nord-Pas-de-Calais, Pays de la Loire, Rhône-Alpes et Alsace), ainsi que les départements d’outremer, ont subi une courte récession d’un an en 2008 (profil 5), moins marquée que l’Île-de-France.

Les territoires les plus touchés, tant par l’intensité que la durée de la crise, sont ceux dont la croissance était relativement faible. Parmi toutes les régions dont la croissance est ralentie sur une longue période, la récession a duré au minimum deux années, et trois pour la majorité d’entre elles. En revanche, les territoires déjà bien positionnés sur le long terme voient leur situation relative se conforter durant la crise, puisque ce sont ceux qui ont été les moins impactés.

Les profils d’évolution de la Corse et des DOM sur les vingt dernières années confirment au niveau national le phénomène de rattrapage observé à l’échelle européenne. Cependant, entre les autres régions françaises, les disparités ont eu tendance à s’accroître, notamment sous l’impact de la crise qui a plus durement touché les territoires à l'économie la moins dynamique.

Certains types de structures productives ont mieux réagi à la crise que d’autres

Ces disparités régionales se retrouvent lorsque l’on descend à un échelon territorial plus fin. Les zones d’emploi constituent un territoire géographique dont l’homogénéité tient au fait que la plupart des actifs y résident et y travaillent1. L’évolution de l’emploi constitue un indicateur de santé économique des territoires : les difficultés, voire les chocs économiques, se traduisent par des suppressions d’emplois. Ces variations de l’emploi sont très hétérogènes selon les caractéristiques du tissu productif local et les caractéristiques de la population active. Cette variabilité peut être appréhendée2, pour partie, par un certain nombre de variables économiques qui permettent de rendre compte des trajectoires des territoires, notamment au travers de la crise.

LES SPÉCIFICITÉS DES ZONES D’EMPLOI

L’analyse des zones d’emploi sur des critères reflétant la structure du tissu productif, les caractéristiques de l’offre de travail et la démographie de la zone, fait apparaître six types de territoires. La structure du tissu productif est l’élément le plus discriminant parmi les critères retenus dans cette analyse.

A - Les zones denses avec surreprésentation des emplois de cadres (métropolisées) sont les zones d’emploi au sein desquelles la population et l’emploi sont les plus denses et concentrés. Les cadres des fonctions métropolitaines et la fonction de gestion y sont surreprésentés. Le revenu médian des ménages y est, par conséquent, 27 % plus élevé que la moyenne nationale.

B - Les zones peu spécialisées à orientation tertiaire ont des caractéristiques structurelles très proches de la moyenne nationale pour l’ensemble des indicateurs et sont relativement peu spécialisées.

C - Les zones à orientation tertiaire public ont des caractéristiques également proches de la moyenne nationale pour un certain nombre d’indicateurs, mais présentent une forte proportion d’emplois appartenant à la sphère publique.

D - Les zones à spécialisation industrielle sont caractérisées par une faible concentration de la population. Elles sont fortement spécialisées dans les activités industrielles et les établissements de plus de 250 salariés y sont, par conséquent, surreprésentés. L’emploi public y est peu développé, par rapport aux autres zones.

E - Les zones peu denses à orientation agricole ou agrialimentaire ont une densité de population et d’emplois sensiblement inférieure aux autres zones. Les activités y sont fortement polarisées, notamment vers la sphère agricole, et les emplois de cadres y sont peu représentés. Le revenu des ménages de ces zones est le plus faible.

F - Les zones à orientation touristique sont caractérisées par un tissu de très petits établissements, une faible présence des activités industrielles, mais une part importante de résidences secondaires et une offre d’hôtellerie de plein air significative.

La prégnance de la structure productive des territoires dans leur situation économique fait de cette typologie une grille de lecture pertinente. Elle permet ainsi d’analyser les profils différenciés des zones d’emploi, tant d’un point de vue économique que démographique, ou encore en termes d’accès aux services. Elle permet également d’isoler les effets de structure dans ces différents domaines.

EXPLIQUER LES FORCES ET ATOUTS DES ZONES D’EMPLOI

La structure productive des zones d’emploi, si elle influence les trajectoires des territoires, ne suffit pas à expliquer la diversité des évolutions conjoncturelles. Afin de comprendre plus finement les mécanismes qui tendent à augmenter ou diminuer la résilience des zones d’emploi face à la crise, l’Insee a mis en place une modélisation économétrique visant à mesurer l’influence de différentes caractéristiques économiques et sociodémographiques sur l’évolution de l’emploi avant et après crise. L’évolution de l’emploi ou du chômage constitue, en effet, un indicateur de santé économique des zones d’emploi (cf Insee Analyses Auvergne n°2). Une seconde modélisation basée sur le chômage, dont les données sont disponibles plus rapidement, permet d’allonger la période d’analyse. Si elle est moins significative de la vulnérabilité des territoires, l’évolution du taux de chômage apporte, néanmoins, un éclairage complémentaire intégrant le passé le plus récent.  

Parmi les traits territoriaux qui ont défavorisé les territoires figurent, par exemple, le chômage de longue durée, la part des actifs jeunes ou de plus de 50 ans – qui traduit la fragilité de ces populations sur le marché de travail – ou encore un faible niveau de qualification des actifs de la zone. Dans le domaine du tissu productif, une dépendance marquée des établissements locaux à des groupes étrangers fragilise également les territoires. A contrario, certains facteurs concourent à une meilleure résistance des territoires : revenus des ménages élevés, forte productivité des établissements de la zone. Enfin, certains facteurs comme le positionnement des établissements de la zone en termes de taux d’exportation captent la spécificité de la période de crise qui s’est traduite par un choc de demande mondiale négatif. Ces facteurs jouent de façon plus ou moins marquée selon la structure productive de la zone.

Les trajectoires des territoires sont fortement liées à la structure productive

La crise de 2008 a accentué les difficultés de régions déjà très fragilisées par les mutations de l’appareil productif français, en particulier les territoires de tradition industrielle du nord-est de la France (D). Elle a accéléré un processus de mutation économique engagé depuis plusieurs décennies : la désindustrialisation et la tertiarisation de l’économie.

Le tissu productif des zones d’emploi a fortement conditionné leur évolution de long terme et leur potentiel rebond face à la crise. Mais le couple « dynamique métropolitaine et attractivité résidentielle » ressort comme un facteur essentiel de protection contre la crise.

Les territoires à dimension métropolitaine (A), favorisés par un tissu économique plus diversifié et un niveau élevé de qualification de la main-d’oeuvre ont mieux résisté au choc. Un autre type de régions dans lesquelles l’emploi a été préservé sont celles spécialisées dans les activités tertiaires liées à la présence de population. L’industrie et l’intérim représentent les deux secteurs ayant subi le plus grand nombre de diminutions d’emplois.

Les spécificités du tissu économique local expliquent la meilleure tenue du marché de l’emploi dans le Sud et l’Ouest. Les territoires résidentiels touristiques ou associant attractivité pour les retraités et les touristes semblent protégés (F). Néanmoins, dans le domaine du tourisme marchand international, l’attractivité touristique peut parfois constituer un accélérateur de choc en période de récession. On note avant tout un rôle clé de la croissance démographique comme amortisseur de la crise et un effet métropole réel pour les grandes agglomérations. Certains territoires industriels – en particulier de l’Ouest – résistent bien car ils sont spécialisés sur des créneaux peu touchés par la crise (agroalimentaire, notamment).

Cependant, les territoires « présentiels3 » ne sont pas systématiquement épargnés : la création d’emplois dans la santé et l’action sociale ne compense pas toujours les pertes dans le bâtiment ou la construction. Ainsi les territoires résidentiels périurbains ou frontaliers, qui tirent une part de leur revenu d’activités exercées hors de la zone d’emploi, enregistrent parfois d’importantes pertes d’emplois et un fort accroissement du chômage.

Définitions

Économie présentielle : L’économie présentielle regroupe les activités mises en oeuvre localement pour la production de biens et de services visant la satisfaction des besoins de personnes présentes sur le territoire, qu’elles soient résidentes ou touristes.

Dimension métropolitaine : On parle de territoire métropolitain pour les zones très urbaines en termes démographique et économique, et à forte concentration de cadres et de professions intellectuelles.

Bibliographie

BRIÈRE L., CLÉMENT É., « Croissance dans les régions : davantage de disparités depuis la crise », Insee Première n° 1501, juin 2014.

Datar, « Dynamiques, interdépendances et cohésion des territoires », Rapport 2011 de l’Observatoire des territoires, pp 94/109, mars 2012.

DAVEZIES L., « La crise qui vient : la nouvelle fracture territoriale », Seuil, octobre 2012.

DAVEZIES L., TALANDIER M., « L'émergence de systèmes productivo-résidentiels », CGET- Collection Travaux n° 19, 2014.

FNAU, « L’emploi local face à la crise de 2008 à 2009 », Les dossiers Fnau n° 23, avril 2011.

Insee Auvergne, « Les activités au service de la population, facteur de résistance à la crise », Insee Analyses Auvergne n° 2, octobre 2014.

Insee Nord-Pas-de-Calais, « Ressorts des territoires face à la crise économique de 2008 », Pages de Profils n° 157, juin 2014.

LACROIX S., « Les conséquences de la crise sur l’emploi dans les régions », Insee Première n° 1295, mars 2012.

Recherche

Explorer les ressources et indicateurs de l'Observatoire :

> Recherche avancée