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Localisation des emplois

Mis à jour le 01/06/2015
Les différents métiers sont présents de façons très diverses selon les territoires. Leur cartographie par zone d’emploi met en avant un contraste assez net entre des zones très urbaines à forte concentration de cadres et de professions intellectuelles et d’autres plus agricoles, plus industrielles, plus ouvrières…

Ces spécificités locales, reliées en partie à la répartition inégale des secteurs d'activité et des entreprises employeuses sur le territoire, ont eu tendance à se renforcer au cours du temps, même si les zones ouvrières le deviennent de moins en moins. Par ailleurs, la spécialisation croissante et la géographie de l’habitat renforcent l’interdépendance des marchés locaux du travail. En effet, les emplois proposés sur un territoire ne sont pas nécessairement occupés par les actifs du même territoire. De ce fait, il peut y avoir localement une inadéquation marquée entre l’offre et la demande de travail, principalement dans l’urbain dense. Toutefois, cette inadéquation ne se traduit pas par une proportion plus importante de demandeurs d’emploi là où elle est la plus élevée.

La croissance de l'emploi et de la population sont très liées dans les territoires

Fin 2013, 27 millions de personnes travaillent en France. Selon les estimations localisées disponibles pour fin 2011, 62 % des personnes travaillent dans une autre commune que celle où elles résident. Les lieux de travail sont répartis de façon très inégale sur le territoire. Ainsi, 30 zones d’emploi parmi les 321 de France (hors Mayotte) concentrent la moitié des postes. À elle seule, la zone de Paris regroupe 3,7 millions d’emplois, soit 13,9 % du total.

Entre 1999 et 2011, l’emploi en France a augmenté de 0,6 % par an. Les progressions les plus importantes se situent le long des façades atlantique et méditerranéenne ainsi que dans les départements d’outre-mer. En revanche, l’emploi a reculé dans les zones plus industrielles ou rurales allant des Ardennes au Limousin, ainsi qu’à la jonction des régions Centre, Basse-Normandie et Pays de la Loire. De manière générale, l’emploi dans les différentes zones a évolué davantage en fonction du dynamisme démographique que du nombre initial d’habitants (et donc d’une main-d’oeuvre potentielle). Par ailleurs, l’emploi a davantage progressé dans les zones urbaines à forte concentration de cadres et de professions intellectuelles (+ 0,8 % par an en moyenne) ; il a évolué de manière plus ralentie dans les zones davantage ouvrières (+ 0,2 % par an en moyenne).

L’EMPLOI AU LIEU DE TRAVAIL : CONCEPT ET SOURCES

Dans le cadre de cette étude, l’emploi est localisé au lieu où il est exercé et non, comme c’est le cas dans d’autres études, au lieu de résidence de la personne qui l’exerce. Deux sources sont mobilisées : le dispositif d’estimations d’emploi localisées (Estel) de l’Insee, obtenu par le rapprochement de diverses sources administratives, et le recensement de la population de l’Insee. La première source permet d’éclairer les grandes évolutions par zone d’emploi ; la seconde est utilisée pour construire la typologie des zones d’emploi par structure de catégories sociales.

Les professions définissent six types de territoires

Toutes les zones d’emploi comportent un socle commun d’emploi lié à l’activité mise en oeuvre localement pour répondre aux besoins des personnes présentes, qu’elles soient résidentes ou touristes. On qualifie généralement les activités économiques et emplois concernés de « présentiels » : par exemple, tout ce qui concerne les commerces de détail, hôtels, restaurants, écoles, centres médicaux, taxis… Au-delà de cette caractéristique commune, certaines professions sont très diversement représentées d’une zone à l’autre. C’est principalement le cas des métiers liés à l’agriculture et des professions intellectuelles (professions de l’information, des arts et spectacles, ingénieurs, cadres). Dans une moindre mesure, les métiers industriels et tertiaires distinguent également les territoires.

LES SPÉCIFICITÉS DES ZONES D’EMPLOI 

La typologie a été effectuée à partir des résultats du recensement de la population de 2010. Une analyse factorielle des correspondances (AFC) a été utilisée afin de synthétiser l’information issue du croisement entre la catégorie sociale détaillée (en 29 postes) et les zones d’emploi. À partir des résultats de cette AFC, une classification ascendante hiérarchique a permis de mettre en évidence les six types de zones présentées dans cet article. À l’intérieur de ces types, les proportions des différentes catégories sociales sont donc relativement homogènes.

Certaines zones d’emploi, correspondant aux villes de taille intermédiaire, ont une répartition des métiers très proche de la structure nationale : elles constituent un « profil représentatif ». Outre cette catégorie, on peut dégager cinq types de territoires selon les proportions des différents métiers.

En premier lieu, il existe une différenciation entre, d’une part, les zones à vocation agricole et, d’autre part, les zones à emplois très qualifiés. Dans les premières, les proportions de métiers voués à l’agriculture et à l’artisanat sont largement supérieures à la moyenne et, parallèlement, les professions intellectuelles y sont très peu représentées (Épernay, Pauillac…). À l’opposé se trouvent des zones très urbaines dont la fonction agricole a presque disparu, alors que les métiers tertiaires très qualifiés (cadres, professions intellectuelles…) sont surreprésentés (Paris et les zones adjacentes, principales capitales régionales).

En second lieu, on note une opposition entre des zones où sont surreprésentés les métiers ouvriers de l’industrie et d’autres où sont surreprésentées les professions intermédiaires du tertiaire. Les premières sont fréquentes dans le Nord (plaine de Champagne, Centre-Ouest). Les secondes, davantage orientées que les autres territoires vers l’économie présentielle, sont plus souvent localisées dans le Sud et en outre-mer. Ces deux types de zones peuvent aussi se caractériser par une présence légèrement supérieure à la moyenne des fonctions agricoles et artisanales.

Enfin, d’autres zones d’emploi se distinguent principalement par leur forte proportion de métiers ouvriers : notamment industriels, mais également de l’artisanat ou encore des agents de service de la fonction publique. Ces zones sont principalement localisées le long des frontières nord et est.

Les spécialisations professionnelles des territoires se renforcent, sauf celles des zones ouvrières

Entre 1999 et 2011, en lien avec la poursuite de la tertiarisation de l’économie, l’emploi a plus fortement progressé dans les zones orientées vers les professions tertiaires que dans celles orientées vers les professions types des secteurs primaire et secondaire. Les zones métropolisées ont été les plus dynamiques, alors que celles à vocation agricole ont perdu des emplois.

Au cours de cette période, la spécialisation des métiers des territoires a eu tendance à se renforcer. Ainsi, les zones métropolisées aux emplois déjà très qualifiés ont encore gagné des emplois de cadres et perdu des emplois industriels et agricoles. Les zones à vocation agricole, elles, ont perdu relativement moins d’emplois agricoles que les autres zones, mais elles ont gagné moins d’emplois de cadres. Seule exception à ce renforcement des spécialisations, les zones ouvrières se sont plutôt rapprochées du profil représentatif. En effet, ce sont elles qui ont perdu la plus forte proportion d’emplois ouvriers ; parallèlement, le nombre de cadres et d’employés y a progressé de manière relativement soutenue.

Une forte concentration géographique de l’emploi, plus marquée pour certains métiers

Comme le montre la typologie précédente, l’emploi est fortement polarisé sur le territoire, et de façon très hétérogène selon les différentes grandes catégories de métiers. Certaines catégories sont davantage concentrées que ne l’est la population : c’est le cas des métiers agricoles, plus présents dans les espaces à faible densité de population. Les cadres et professions intellectuelles sont, quant à eux, concentrés dans les centres des espaces métropolitains. À l’opposé, les artisans et les enseignants sont répartis de façon homogène sur le territoire, relativement à la population. La concentration géographique des métiers est liée à la répartition inégale des entreprises employeuses sur le territoire. Les différents secteurs employeurs, qui ont chacun une structure de qualification propre, sont en effet eux-mêmes différemment concentrés selon les zones.

En outre, des phénomènes d’agglomération transversaux aux secteurs employeurs constituent une dimension supplémentaire pour expliquer des effets d’agrégation géographique de certains métiers.

Par ailleurs, ces concentrations sont également très différentes selon le type de territoire. Les zones métropolisées ne sont pas nécessairement celles où la concentration de l’emploi excède celle de la population ; l’habitat y est également fortement concentré. Au contraire, les zones qui concentrent une part plus forte d’emplois que d’habitants se trouvent dans les espaces à faible densité démographique. C’est le cas, par exemple, des zones à vocation agricole, zones où la densité de population est très faible, mais qui concentrent une forte part d’emplois agricoles. 

Du fait de ces concentrations, les lieux d’emploi et de résidence sont déconnectés, entraînant des inadéquations sur les marchés du travail urbains

Les zones métropolisées concentrent à la fois beaucoup d’habitants et d’emplois. C’est, malgré tout, dans ces espaces que les lieux de résidence et de travail sont les plus déconnectés. En effet, plus une zone d’emploi présente un caractère urbain, moins les emplois de cette zone sont occupés par les actifs y résidant. Les déplacements domicile-travail sont ainsi plus longs dans l’urbain que dans le rural : ils débordent plus souvent le périmètre des zones d’emploi.

En conséquence, les territoires urbains sont marqués par une inadéquation relativement élevée entre l’offre et la demande de travail. Ainsi, par exemple, les qualifications requises par les emplois de la zone de Paris correspondent peu aux métiers de ses habitants : ce sont souvent des actifs d’autres zones qui occupent ces emplois. Les zones adjacentes aux territoires urbains sont affectées de même : nombre de leurs résidents se déplacent pour travailler dans les centres urbains alors que les emplois sur place, davantage liés à la satisfaction des besoins de la population présente, sont souvent pourvus par des actifs d’autres zones. Les marchés locaux du travail sont donc très interdépendants dans l’urbain, comme l’illustrent les flux quotidiens de navetteurs.

Dans les territoires moins denses, en revanche, cette intégration des marchés du travail est nettement moins achevée. Ceux-ci restent davantage autonomes, d’où un plus faible degré d’inadéquation entre qualification des emplois et des actifs.

Ces inadéquations ne se traduisent pas par une demande d’emploi accrue dans les zones urbaines

En France métropolitaine, en 2013, la part des demandeurs d’emploi de catégories A, B, C dans la population active s’élève à 16,7 %. Cette part de demande d’emploi varie fortement entre les régions et au sein des régions.

Parmi les 304 zones d’emploi de France métropolitaine, 23 zones, rassemblant 5,3 % des actifs, comptent les plus fortes parts de demande d’emploi (22,4 % ou plus). Ces zones « les plus en difficulté » sont concentrées au nord et au sud du pays ; pour l'essentiel, elles se situent dans les régions Nord-Pas-de-Calais, Picardie et Languedoc- Roussillon. À l’inverse, 29 zones d’emploi, qui rassemblent 7,9 % des actifs, ont une part de demande d’emploi inférieure à 12,8 %. Ces zones, dans les situations « les plus favorables », sont davantage dispersées géographiquement et recouvrent des territoires très divers ; elles se situent principalement en Île-de-France, à proximité des frontières avec l’Allemagne et la Suisse (profitant certainement du dynamisme de leurs pôles d’activités les plus proches), en Corse ainsi qu’au sud du Massif Central et de la Basse-Normandie.

On n’observe pas de corrélation forte entre le caractère rural ou urbain des différentes zones d’emploi et leur part de demande d’emploi. Ainsi, parmi les zones d’emploi comptant peu de demandeurs, on trouve des zones à la fois très urbaines (notamment en région parisienne) et des zones très rurales (comme la Lozère). Pour autant, les zones métropolisées sont, en 2011, en meilleure position que les autres zones. Par ailleurs, depuis 2003, leur situation a évolué bien plus favorablement.

L’ampleur des disparités de demande d’emploiest aussi forte en 2013 qu’en 2003

Pour l’ensemble de la France métropolitaine, la part desdemandeurs d’emploi (catégories A, B, C) dans la populationactive s’améliore nettement entre 2003 et 2008(- 2,5 points), puis se détériore fortement entre 2008 et2013 (+ 5,6 points). Au total, la part de demande d’emploi acrû de 3,1 points entre 2003 et 2013. Dans certaines zonesd’emploi, la hausse est plus modérée : elle est inférieureà 2 points dans 37 zones, situées notamment en Corse,dans les Pyrénées-Atlantiques, dans certaines parties del’Île-de-France, de la côte méditerranéenne provençaleet des Alpes. À l’inverse, l’augmentation est supérieure à5,5 points dans 45 zones, situées plutôt dans le sud et lequart nord-est du territoire.

Le positionnement des zones d’emploi les unes parrapport aux autres, en termes de demande d’emploi,n’est pas figé. Ainsi, les zones dans les situations les plusfavorables en 2013 (moindre part de demande d’emploi)n’occupaient pas toutes les meilleures positions en 2008ni en 20031. De même, certaines zones parmi les plus endifficulté en 2013 (plus forte part de demande d’emploi,classe 6) ne l’étaient pas en 20032.

Au-delà de ces changements de positions relatives, l’ampleurdes disparités de demande d’emploi se maintientglobalement entre 2003 et 2013. L’écart entre les zonesdans les situations les plus favorables et les zones les plusen difficulté se réduit sensiblement entre 2003 et 2008,mais augmente fortement entre 2008 et 2013. Au total, lescontrastes sont légèrement plus marqués en 2013 qu’en 2003 (écart de 18 points entre les classes 1 et 6 en 2003, de14 points en 2008 et de 19 points en 2013).

Définitions

Zone d’emploi : Une zone d’emploi est un espace géographique à l’intérieur duquel la plupart des actifs résident et travaillent, et dans lequel les établissements peuvent trouver l’essentiel de la maind’oeuvre nécessaire pour occuper les emplois offerts.

Zones métropolisées : Zones d’emploi à forte densité démographique et économique, marquées par une surreprésentation des emplois très qualifiés. Concentration géographique : L’indice de Gini mesure la concentration géographique d’un indicateur, ici, l’emploi. Cette concentration est mesurée relativement à la population. Cet indice vaut 1 si tous les emplois d’une zone se situent sur une seule commune, ou 0 si le nombre d’emplois a la même répartition territoriale que la population.

Indice d’inadéquation

où  EMPLT et ACTOCC sont les nombres d’emplois, respectivement au lieu de travail et au lieu de résidence, pour la zone i et la catégorie sociale C. désigne l’ensemble des catégories sociales. Cet indice vaut 0 si, pour chaque catégorie sociale, le nombre d’emplois exercés dans chaque zone égale le nombre d’actifs occupés y résidant. Il vaut 1 si les catégories sociales des emplois occupés ne correspondent pas du tout à celles des actifs occupés (cas où on ne trouverait, par exemple, que des emplois de cadres dans une zone habitée par des ouvriers).

Catégories A, B, C (des demandeurs d’emploi) : Elles rassemblent les demandeurs d’emploi tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi et qui sont sans emploi (catégorie A) ou qui ont exercé une activité réduite courte de 78 heures ou moins au cours du mois (catégorie B) ou bien une activité réduite longue de plus de 78 heures au cours du mois (catégorie C).

Part de demande d’emploi : Ratio rapportant le nombre de demandeurs d’emploi de catégories A, B, C à la population active (en moyenne annuelle). Ce ratio diffère du taux de chômage au sens du Bureau international du travail (BIT). En effet, de nombreux demandeurs d’emploi en catégories A, B, C exercent une activité réduite, et, de ce fait, ne sont pas chômeurs au sens du BIT. Inversement, des personnes peuvent être chômeurs au sens du BIT sans être inscrites sur les listes de Pôle emploi ; elles ne sont alors pas comptées comme demandeurs d’emploi. Ce ratio mobilise deux sources : la STMT (Pôle emploi-Dares) pour estimer le nombre de demandeurs d’emploi de catégories A, B, C et les estimations trimestrielles de population active par zone d’emploi de l’Insee. Au moment de la rédaction de cet article, ces estimations n’étant pas disponibles pour le 4e trimestre 2013, elles ont été estimées par la Dares en appliquant au 3e trimestre 2013 le taux d’évolution moyen observé entre les 3e et 4e trimestres de 2003 à 2012.

 

Bibliographie

BACCAÏNI B., SÉMÉCURBE F., THOMAS G., « Les déplacements domicile-travail amplifiés par la périurbanisation », Insee Première n° 1129, 2007.

FLOCH J.-M., LAINÉ F., « Les métiers et leurs territoires », Insee Première n° 1478, 2013.

GOBILLON L., SELOD H., ZENOU Y., « The Mechanisms of Spatial Mismatch », Urban Studies vol. 44 n° 12, novembre 2007.

KAIN John F., « Housing Segregation, Negro Employment, and Metropolitan Decentralization », The Quarterly Journal of Economics, mai 1968.