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Cohésion

Mis à jour le 01/06/2015
Entre 2007 et 2011, les inégalités de revenus entre les zones d'emploi ont eu tendance à se réduire, notamment parce que c’est dans les territoires les moins favorisés que les revenus ont augmenté le plus rapidement. Ce constat fait écho à la plus grande mixité sociale observée depuis 40 ans à l’échelle des zones d’emploi, mais ne doit pas masquer l’accroissement des inégalités entre les habitants au sein des territoires.

Celles-ci ont crû sous l'impact de la crise, notamment dans certaines des zones les moins favorisées. Dans ce contexte, les politiques d'égalité des territoires ont autant vocation à tenir compte des inégalités inter qu'intraterritoriales.

Des disparités marquées mais en léger recul

 

En 2011, le revenu fiscal médian est de 19 218 euros. Il présente une variabilité marquée selon les zones d'emploi : les populations des zones urbaines (Paris, Orléans, Lyon…) ont des revenus en moyenne plus élevés que les zones à caractère plus rural (Guéret, Morvan). Outre ce clivage lié à la densité démographique et économique des zones d'emploi, certaines zones denses sont marquées par des revenus significativement plus faibles dans le Nord-Pas-de-Calais ainsi qu'en Languedoc-Roussillon.À l'opposé, les zones frontalières de l'est, même de faible densité, présentent des niveaux élevés de revenus.

Entre 2007 et 2011, ces disparités entre territoires ne se renforcent pas, voire s'estompent légèrement. La mesure de la corrélation entre l’évolution des revenus, d’une part, et leur niveau, d’autre part, est négative. Cela indique que les zones d’emploi les plus favorisées sont parmi celles dont les revenus augmentent le moins rapidement sur la période récente, à l'exception notable de certains espaces frontaliers (Suisse, Luxembourg et Belgique), dont les revenuscroissent rapidement. De même, les revenus fiscaux des habitants des territoires peu denses sont plus dynamiques que ceux des habitants des espaces urbains.Sans pouvoir évoquer un phénomène de convergence, on peut toutefois remarquer une réduction des inégalités de revenus entre les différents territoires. Il faut tout de même rappeler que les disparités de revenus sont bien plus importantes au sein des territoires eux-mêmes que d'une zone à l'autre.

L’EFFET « TERRITOIRE » DANS LES DISPARITÉS DE REVENUS

Le diagnostic que l'on peut établir des inégalités dépend fortement de la maille géographique utilisée pour comparer les territoires. En effet, plus le territoire considéré est grand, moins les disparités entre ces territoires sont marquées ; plus il est petit, plus les différences entre territoires sont grandes, mais on trouve toujours davantage d'hétérogénéité entre les habitants d'un territoire qu’entre les territoires eux-mêmes.En utilisant des données individuelles, il est possible de décomposer les disparités de revenus selon qu’elles sont liées aux caractéristiques individuelles ou aux spécificités du territoire. Autrement dit, si les revenus sont en moyenne plus importants dans les zones urbaines, il reste à déterminer si la raison en est que les individus bien dotés sont concentrés dans ce type d’espace, ou si c’est parce que le territoire en question présente des atouts dont tous ses habitants profitent (densité, taille, situation géographique, services publics). On identifie par une modélisation économétrique la « prime de richesse » liée aux atouts des territoires, une fois isolé l’effet des caractéristiques individuelles. Par exemple, aux États-Unis, les revenus sont en moyenne 32 % plus élevés dans les villes de plus de 5 millions d’habitants qu’ailleurs.Mais à diplôme, expérience et ethnie égaux, ce différentiel descend à 28 % sur la période 1968-1982.

Les données de panels qui suivent les individus dans le temps donnent la possibilité supplémentaire d’identifier ce qui relève de l’ensemble des caractéristiques individuelles mesurées ou « inobservables » (c’est-à-dire que l'on ne peut appréhender par une variable comme le niveau d'éducation ; il peut s'agir des qualités relationnelles, par exemple). En effet, le différentiel de salaire induit par une migration résidentielle permet de distinguer ce qui relève soit de l’ensemble des caractéristiques individuelles, soit d’un effet territoire.Toujours aux États-Unis, la « prime de richesse » des grandes villes chute à 3 % quand les caractéristiques individuelles observables et non observables sont prises en compte. Sur les données françaises, l’hétérogénéité des revenus par zone d’emploi est également grandement réduite quand on compare des individus ayant des caractéristiques individuelles semblables et vivant dans des territoires différents. Ainsi, les différences de caractéristiques individuelles expliqueraient 40 à 50 % des inégalités de salaires moyens entre territoires ou, autrement dit, les inégalités de salaires moyens entre territoires chutent de moitié lorsque l’ensemble des caractéristiques individuelles sont prises en compte sur la période 1976-1996.

Les inégalités progressent au sein des territoires

Entre 2007 et 2011, les inégalités monétaires au sein des zones d’emploi progressent, à la fois en raison d'une diminution des bas revenus (mesurée par le premier décile) et d'une hausse des hauts revenus (dernier décile). Cette situation rompt avec la période précédente durant laquelle les niveaux de vie avaient tous progressé – particulièrement les revenus les plus modestes –, contribuant ainsi à la réduction des inégalités sur la période 1996-2007. On peut distinguer cinq types de territoires selon le profil d'évolution du rapport interdécile et de ses composantes.

• Le profil proche de la moyenne nationale, qui regroupe 127 zones d'emploi sur une large bande centrale du pays : les inégalités y progressent sensiblement, par une baisse des bas revenus et une hausse des hauts revenus.Les zones d'emploi des grandes agglomérations (à l'exception de celles de l’Ouest) figurent dans cette catégorie.

• Des zones également nombreuses (106) où les inégalités ne progressent pas ou peu, principalement situées le long de la façade atlantique et dans les zones de montagne du Sud-Est : dans ces zones, les revenus de toutes les catégories augmentent.

• 36 zones où les écarts de revenus ont progressé : principalement situés au nord-est (Picardie, Champagne-Ardenne) et en Languedoc-Roussillon, ces territoires se caractérisent par une baisse des bas revenus très marquée et une progression des hauts revenus proche de la moyenne, quoique légèrement inférieure.

• 26 zones situées principalement en Corse et dans le Massif Central voient les inégalités se réduire significativement, en raison de la forte croissance des revenus les plus modestes : ceux-ci progressent de plus de 6 % pour la moitié de ces zones, alors qu'ils baissent dans la majorité des territoires.

• 6 zones d'emploi frontalières de la Suisse ont un profil particulier puisque tous les revenus, y compris le premier décile, y augmentent. Mais les inégalités y progressent très fortement sous l'effet de la croissance très forte des hauts revenus : ceux-ci augmentent de plus 25 % dans trois de ces six zones.

On trouve dans ces évolutions les effets de la crise sur les territoires plus industriels et ouvriers. Cette dernière a principalement impacté les bas revenus dans des zones déjà fragiles.

Une division sociale qui tend à diminuer depuis quarante ans sur l’ensemble du territoire

La spécialisation sociale des espaces diminue significativement entre 1968 et 2010. À l’échelle des zones d’emploi, la répartition des différentes catégories sociales sur le territoire est plus homogène qu’il y a quarante ans. À ce titre, la différence entre lieux de résidence des cadres et des agriculteurs est emblématique puisque, sous l'effet conjugué de
la périurbanisation et de la mobilité améliorée, ces deux populations cohabitent bien plus qu'auparavant. Mais, s'il y a une tendance au rapprochement des localisations de ces deux groupes sociaux, ils restent néanmoins les plus éloignés géographiquement.

LA MESURE DE LA DIVISION SOCIALE

La spécialisation sociale est ici mesurée par l’indice de Duncan
qui indique si deux populations vivent proches l'une de l'autre.
Il mesure la différence entre la répartition des différentes catégories sociales au niveau de la zone d'emploi et des communes qui le composent.
Quand il vaut 0, cela signifie que les deux sous-populations se répartissent dans les mêmes proportions dans chacune des communes ; quand il vaut 1, cela signifie que les deux souspopulations vivent de façon complètement disjointe.
Il permet de mettre en évidence les structures sociales sur le territoire : celles-ci peuvent se diversifier dans le sens d’une plus grande mixité ou, à l’inverse, concentrer une part importante de telle ou telle catégorie sociale, dans un mouvement de « spécialisation » sociodémographique du territoire.

Toutefois : l’indice de Duncan entre cadres et ouvriers a diminué de 46 % sur la période 1968-2010, ce qui traduit une forte augmentation de la mixité entre ces deux populations.
Ce résultat peut paraître surprenant au regard des travaux qui montrent que l’opposition entre catégories supérieures et catégories ouvrières est le principe le plus structurant de la division sociale de l’espace. En 1968, les ouvriers sont fortement concentrés dans les grands pôles industriels et les grandes agglomérations situés principalement dans le quart nord-est de la France.
Depuis, la croissance générale des postes de cadres dans la plupart des secteurs d’activités et des zones d’emploi, la redistribution des postes d’ouvriers par redéploiement de l’industrie dans les régions de l’Ouest et les restructurations dans les anciennes régions industrielles ont contribué à une répartition sociale moins contrastée. De plus, à un niveau spatial plus fin, le départ des ouvriers des centres villes et la mobilité résidentielle des ménages de cadres ont également joué sur le rapprochement des localisations de ces catégories sociales. De fait, en 2011, les catégories sociales les plus éloignées des catégories supérieures – après les agriculteurs – sont les artisans et les ouvriers. À l’inverse, les catégories sociales les plus proches sont les cadres et les professions intermédiaires.

Cette différenciation sociale n’est pas homogène à l’échelle de la France, car les écarts à la moyenne sont relativement importants d'une zone d'emploi à l'autre.
Lorsque l’on regarde les différences de localisation entre cadres et ouvriers, il apparaît que ces populations cohabitent le moins dans des zones soit très urbaines (Paris, Lyon, Rouen), soit à dominante plus rurale (Morvan, Châtillon), vraisemblablement pour des raisons qui tiennent aux conditions d'accès au logement des centres urbains pour les premières, et à la localisation des activités économiques dans les secondes.

Néanmoins, on observe une évolution entre 1968 et 2011 au niveau de cette répartition. Pour toutes les catégories sociales, le degré de mixité est non seulement plus élevé (indice de Duncan plus faible), mais également plus homogène d'une zone à l'autre : la différence entre les courbes des premier et dernier déciles se réduit sensiblement. La progression de cette mixité sociale est essentiellement acquise des années 1960 aux années 1980, période de forte périurbanisation. Le graphique représente cette évolution pour la mixité entre cadres et ouvriers, mais cette tendance est vérifiée pour l'ensemble des catégories sociales, examinées deux à deux.

Dans la dernière période, entre 1999 et 2011, les évolutions soulignées précédemment (baisse de l’indice de Duncan et des disparités) se stabilisent. Entre cadres et professions intermédiaires, la mixité continue de progresser, mais elle recule très légèrement avec les autres catégories. Cette stabilisation est peut-être le signe d’un essoufflement du mouvement de périurbanisation qui a contribué à réduire la division sociale en rapprochant des catégories initialement très concentrées géographiquement. Ces résultats vont à l’encontre de l’idée répandue selon laquelle la division sociale augmente. Cela tient en partie au découpage spatial. Les études qui montrent l’accentuation de la ségrégation sont essentiellement des études de quartiers, à une échelle infra-urbaine, ou de communes en contexte périurbain. De même qu'en étudiant la répartition des revenus, ce phénomène apparaît différemment selon la maille d'analyse. L’observation de l’indice de Duncan à une maille plus large (comme ici la zone d'emploi) présente une autre réalité : depuis quarante ans, les catégories
sociales se répartissent de façon plus homogène sur le territoire.

LE REPÉRAGE DES QUARTIERS PRIORITAIRES
DE LA POLITIQUE DE LA VILLE

La politique de la ville est une politique de cohésion urbaine et de solidarité, nationale et locale, envers les quartiers défavorisés et leurs habitants. Conduite par l'État, les collectivités territoriales et leurs groupements, elle a pour triple objectif d'assurer l'égalité entre les territoires, de réduire les écarts de développement entre les quartiers défavorisés et leurs unités urbaines, et d'améliorer les conditions de vie de leurs habitants. Plusieurs indicateurs statistiques, du champ de l’économique, du social et de l’urbain peuvent décrire les difficultés rencontrées par les habitants des quartiers.
Néanmoins, pour le repérage des nouveaux quartiers de la politique de la ville (2014), un consensus s’est dégagé autour de la prise en compte d’un critère unique, celui de la concentration de population à bas revenus. Il est, en effet, très fortement lié aux autres indicateurs sociaux que l’on mobilise généralement pour décrire les territoires – part des familles monoparentales, taux de chômage, proportion de logements sociaux… – et présente l’avantage d’être disponible à une maille géographique très fine.

Concrètement, dans un premier temps, la méthode retenue fixe un seuil de bas revenus qui est calculé à partir du revenu médian de France métropolitaine et du revenu médian de l’unité urbaine dans laquelle se situe le quartier. Il s’agit ainsi de combiner une approche de « pauvreté » et une approche de « ségrégation ». La méthode recherche ensuite, par un balayage du territoire métropolitain découpé en carreaux de 200 m de côté, les carreaux dont plus de la moitié de la population est en dessous de ce seuil de bas revenus.
Une fois détectés, ceux-ci sont agrégés entre eux et, lorsque cet agglomérat dépasse les 1 000 habitants, la zone est identifiée comme étant une zone de concentration urbaine de population à bas revenus. Le carroyage offre ainsi une souplesse dans l’analyse du territoire : il permet, d’une part, de s’affranchir de toute limite administrative et offre, d’autre part, une finesse géographique particulièrement adaptée à l’analyse des milieux urbains où les phénomènes sont infracommunaux.

Le revenu est un indicateur synthétique des difficultés sociales.
S’agissant de la ville d’Amiens et de ses principaux indicateurs sociaux (part des jeunes, part de familles monoparentales, part de bénéficiaires des aides personnalisées au logement (APL), taux de chômage, proportion de logements sociaux, part de population immigrée…), chaque indicateur présente sa propre géographie. Ces géographies représentées à l’IRIS se recoupent parfois (par exemple, au nord d’Amiens), sans cependant se recouvrir totalement.

Lorsque l’on superpose ces différents indicateurs et ces différentes géographies, les territoires qui cumulent les spécificités socioéconomiques apparaissent. L’approche par les bas revenus, au travers des données carroyées, repère ces zones précarisées : on observe ainsi que les carreaux dont plus de la moitié de la population est à bas revenus se positionnent sur les IRIS cumulant le plus de difficultés.

Une méthodologie adaptée dans les DOM

Pour la définition de la géographie prioritaire dans les territoires ultramarins, une démarche spécifique est mise en oeuvre, tenant compte des particularités de ces territoires (population, niveaux de vie, insularité, risques naturels) et de la disponibilité de données statistiques permettant d’objectiver la situation de chaque territoire.
Ainsi, deux méthodes distinctes sont proposées pour identifier les quartiers les plus en difficulté. Pour la Réunion et la Martinique, les données carroyées étant disponibles, la méthode a été semblable à celle mise en oeuvre en métropole.
En revanche, la Guadeloupe, la Guyane, Mayotte, la Polynésie française et Saint-Martin ne disposent pas des données carroyées de population et de revenus. La source du recensement de la population a alors été mobilisée pour concevoir un indicateur synthétique permettant de classer les IRIS ou districts selon un degré croissant de difficulté.